IMPRÉCATIONS CONTRE LE ROI
Lâche dissipateur des biens de tes sujets.
Toi qui comptes les jours par les maux que tu fais. Esclave d'un ministre et d'une femme avare, Louis, apprends le sort que le ciel te prépare. Si tu fus quelque temps l'objet de notre amour, Tes vices n'étaient pas encor dans tout leur jour. Tu verras chaque instant ralentir notre zèle, £t souffler dans nos cœurs une flamme rebelle. Des guerres sans succès désolant tes États, Tu fus sans généraux, tu seras sans soldats.
Toi, que l'on appelait l'arbitre de la terre. Par de honteux traités tu termines la guerre. Parmi ces histrions qui régnent avec toi, Qui pourra désormais reconnaître son Roi ?
Tes trésors sont ouverts à leurs folles dépenses. Ils pillent tes sujets, épuisent tes finances. Moins pour renouveler tes ennuyeux plaisirs, Que pour mieux assouvir leurs infâmes désirs. Ton État aux abois, Louis, est ton ouvrage ; Mais crains de voir bientôt sur toi fondre l'orage. Des maux contagieux empoisonnent les airs, Tes campagnes bientôt deviendront des déserts ; La désolation règne en toutes les villes.
Tu ne trouveras plus des âmes assez viles Pour oser célébrer tes prétendus exploits,
Année 174g. 145
Et c'est pour fabhorrer qu'il reste des Français ; Aujourd'hui on t'élève en vain une statue, A ta mort je la vois par le peuple abattue.
Bourrelé de remords tu descends au tombeau.
La superstition, dont le pâle flambeau Rallume dans ton cœur une peur mal éteinte, Te suit, t'ouvre l'enfer, seul objet de ta crainte. Tout t'abandonne enfin, flatteurs, maîtresse, enfants: Un tyran à la mort n'a plus de courtisans.
Incestueux tyran, traître, inhumain, faussaire *, Oses-tu t'arroger le nom de Bien- Aimé ?
L'exil et la prison seront donc le salaire D'un digne fils de roi, d'un prince infortuné ?
George, dis- tu, t'oblige à refuser l'asile Au vaillant Edouard ; s'il t'avait demandé.
Roi sans religion, de ta p l'exil.
Réponds-moi, malheureux, l'aurais-tu accordé:
Achève ton ouvrage, ajoute encore un crime :
Dans ton superbe Louvre élève un échafaud ;
I. On lit cette note dans le recueil Clairambault : « Il a paru dans Paris, au mois de février de la même année, une pièce de vers contre le Roi, après l'arrêt du prince Edouard. Cette pièce commençait par les mots Incestueux tyran, etc. Je l'ai trouvée si infâme que je n'ai pas voulu la prendre. » Nous publions cette pièce d'après un autrç recueil manuscrit de la Bibliothèque nationale.
vil. 13
146 Clairambault''Maurepas,
Immole, tu le peux, Tinnocente victime,
Et sois, monstre d'horreur, toi-miême le bourreau !