‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècleChapitre 97 sur 213 · L'ESPRIT DES LOIS · texte numérisé non relu

L'ESPRIT DES LOIS

Vous connaissez V Esprit des lois.

Ce n'est qu'un pénible assemblage De républiques et de rois; On y voit les mœurs de chaque âge,-

I. V Esprit des bis, dont la première édition avait paru à Genève vers le milieu de l'année 1748, et que Ton réimprima vingt-deux fois en moins de deux ans, donna lieu à des jugements fort contradictoires. Collé rapporte dans son Journal l'opinion des critiques. « Voici ce qu'en disent les métaphysiciens et les gens qui ont un peu de philosophie dans la tête : ils prétendent que c'est un très mauvais ouvrage, sans ordre, sans liaison, sans enchatuement d'idées, sans principes ; c'est, disent-ils, le portefeuille d'un homme d'esprit et voilà tout. » On sait que M"" du Deffand disait de cet ouvrage « que ce n'était point l'esprit des lois, mais de l'esprit sur les lois. » Voltaire en fut, au contraire, un des plus vifs admirateurs : « Le genre humain avait perdu ses titres, écrivait-il, Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus. » Le marquis d'Argenson, non moins équitable, qualifiait Y Esprit des lois de « Livre excellent et qui vivra beaucoup. »

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Et des peuples de tous les lieux, Le civilisé, le sauvage, Leurs législateurs et leurs dieux.

Sur tous ces objets d'importance, L'auteur nous laisse apercevoir Non une simple tolérance, Mais une froide indifférence; Tout lui paraît fruit du terroir*.

Le sol est la cause première De nos vices, de nos vertus :

Néron, sous un autre hémisphère, Aurait peut-être été Titus ; L'esprit n'est qu'un second mobile.

Et notre raison versatile Est dépendante des climats.

. Féroce au pays des frimas, Voluptueuse dans l'Asie, Le même ressort ici-bas Détermine la fantaisie.

Ainsi, sans un grand appareil, On peut, dans le siècle où nous sommes, Par les seuls degrés du soleil

I. La théorie des climats, qui a été reprise et éloquemment soutenue de nos jours par de brillants esprits, parut inacceptable au XVIII' siècle, ainsi que le prouvent les réflexions du marquis d'Argenson, d'ailleurs assez hardi dans ses idées. * Sur son entêtement par rapport au clî^ mat, écrit-il, Montesquieu ne pourra se justifier. C'est folie de croire que le climat influe sur les mœurs des hommes. Le chaud et le froid que nous éprouvons dans les diverses saisons de l'année ne changent rien à nos caractères. »

Année ijSo. i6i

Calculer la valeur des hommes.

Sur ce point seul^ législateurs, Établissez bien vos maximes ; Dirigez les lois et les mœurs, Distinguez les vertus des crimes; Sur Tair réglez vos sentiments :

Un pays devient despotique, Républicain ou monarchique Par la force des éléments.

La liberté n'est qu'un vain titre.

Le culte un pur consentement.

Et le climat seul est l'arbitre Des dieux et du gouvernement.

Ce n'est point un esprit critique Qui me sert ici d'Apollon :

Voilà toute la politique De notre moderne Solon.

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