‹ Chansons à direChapitre 110 sur 130 · LE SOLDAT DE MARSALA · texte numérisé non relu

LE SOLDAT DE MARSALA

Nous étions au nombre de mille, Venus d'Italie et d'ailleui's:

Garibaldi dans la Sicile Nous conduisait en tirailleurs.

J'étais un jour seul dans la plaine, Quand je trouve, en face de moi, Un soldat de vingt ans à peine.

Qui portait les couleurs du roi.

Je vois son fusil se rabattre; C'était son droit ; j'arme le mien ; Il fait quati'c pas, j'en fais quatre : II vise mal, je vise bien...

Ah I quo maudite soit Ki guerre, Qui fait faire de ces coups-Ui !

Qu'on verse dans mon verre

Le vin de MarsaK» !

Il fit demi-tour sur lui-même.

Pourquoi diable m"a-l-il raté?

Pauvre garçon I il était blême.

Vers lui je me précipitai.

Ah ! je ne chantais pas victoire ; Mais je lui demandai pardon,

Il avait soif, je le fis boire :

D'un trait il vida mon bidon.

Puis je l'appuyai contre un arbre, Et j'essuyai sou front glacé.

Son front sentait déjà le marbre 1 S'il pouvait n'être que blessé!...

Ah ! que maudite soit la guerre, Qui fait faire de ces coups-là !

Qu'on verse dans mon verre

Le vin de Marsala !

Je voulus panser sa blessure ; J'ouvris son uniforme blanc.

La balle, sans éclaboussure.

Avait pa-sé du cœur au l'.anc.

Entre le drap et la chemise, Je vis le portrait en couleur D'une femme vieille el bien mise, Qui souriait avec douceur.

Depuis, j'ai vécu, Dieu sait comme 1 Mais tant que cela doit duier, Je verrai mourir le jeune homme Et la bonne dame pleurer !

Ah ! que maudite soit la guerre, Qui fait faire de ces coups-là !

Qu'on emporte mon verre 1

C'était à Marsala !...

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