‹ Chansons à direChapitre 124 sur 130 · UNE HISTOIRE DE VOLEUR · texte numérisé non relu

UNE HISTOIRE DE VOLEUR

On aime à causer après boire ; Chacun racontait son liistoire De revenants ou de voleurs.

Le mari d'une dame brune Dit : Je vais vous en conter une Qu'on n'a pas entendue ailleurs.

J'étais de garde à la mairie ; Servir sa dame et sa patrie, C'est le devoir d'un troubadour; Mais Héloïse est si peureuse, Que j'eus l'idée aventureuse De déserter avant le jour.

Il était une heure et demie; La chambrée était endormie; Doucement je lève le pié; Je traverse la ville grise, Tout ébaubi de la surprise Que j'allais faire à ma moitié.

J'arrive enfin devant mon louvri, Que vois-je? ma fenêtre s'ouvre..

En mon absence que fait-on?

Un g"illard à mine incongrue Se laisse glisser dans la rue, Du haut de mon propre balcon.

Il ne faut pas grande finessse Pour deviner de quelle espèce Etait ce nocturne rôdeur :

Sortir ainsi de notre chambre, Au milieu du mois de décembre...

A coup sûr c'était un voleur.

Que faire en cette circonstance?

Pour y songer avec prudence.

Je reste tapi dans mon coin ; Et lorsque, bouillant de colère, Je m'élance sur le corsaire, Le corsaire était déjà loin.

J'éveille en sursaut mon concierge; Je monte droit comme tlamberge; J'entre comme un coup de fusil.

Héloïse, sortant d'un somme, Me dit : « C'est toi, mon petit homme? Tu rentres tard ; quelle hem'e est-il ? »

Chaque objet était à sa place ; Nul dérangement, nulle trace De voleur ni de loup-garou.

Mon or était sur ma commode ; Ma montre, selon ma méthode, Etait suspendue à son clou

Je m'élance vers la fenêtre!

Vous vous imaginez peut-être Qu'elle était ouverte? Non ! Mais...

Ici commence l'impossible :

Quelle était la main invisible?...

C'est ce qu'on ne saura jamais.

Ce siècle est celui des miracles :

Nous assistons à des spectacles Où la raison ne conçoit rien.

Voilà mon histoire authentique; Qui pourra l'expliquer, l'explique; Moi, je donne ma langue au chien.

OUINZE AVRIL

Je demande à mon amie

Par quelle erreur Elle a pris l'économie

En sainte horreur; Pourquoi, n'ayant pas les vices

Des tilles d'or, Elle en a tous les caprices

Et plus encor?

Elle répond liaut et ferme

Dans son babil :

«Je suis née un jour de teniiG,

Le quinze avril. »

C'est en etfet la journée

Où dans nos doigts (Slisse la somme épargnée

Durant trois mois; C'est l'époque où tout prograrams

Se fait nouveau, Où le serpent et la femms

Changent de peau,

362 CHANSONS A niRE

Où la Jaine se renferme

Pour le coutil :

Elle est née un jour de terme,

Le quinze avril.

Il faut bien qu'eue proàuiari.

Trois mois avant, Tout ce qui sera de mise,

L'été suivant.

Puis, la floraison des roses

Viendra bientôt; Elles ne sont pas écloses

Qu'il les lui faut.

C'est l'heure oii la vigne germe.

Non sans péril :

Elle est née un jour de terme,

Le quinze avril.

Elle me traite d'avare

Si je prétends Que le chasselas est rare

Dans le printemps.

Parfois enfin je me fâche.

Puis, tout confus.

Je transige comme un lâche,

Car un refus.

C'est la poudre qu'on enferme

Dans le haril :

Elle est née un jour de terme,

Le quinze avril.

Elle a des fêtes sans nombre

, Qu'elle connaît ; Pas un saint ne reste à l'ombre

Dans son carnet.

C'est la sainte Mousseline,

Le saint Bijou, La déesse Crinoline,

Le dieu Joujou; Et moi je suis le dieu Terme

Mis sur le gril :

Elle est née un jour de terme.

Le quinze avril

Je me plume et me dédore ;

Mais, entre nous, Elle m'aime et je l'adore :

Que voulez-vous?

Une femme qu'on possède

Chez soi, pour soi, Et qui n'est vraiment pas laide

Dans son emploi.

Cela flatte l'épiderme;

C'est si gentil 1 Elle est née un jour de terme,

Le quinze avril.

CnANSOiNS A DIRE

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