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PARIS

Paris, la ville enchanteresse Qui nous prend toutes nos amours, Paris, la belle pécheresse, PêitIs, l'infidèle maîtresse Qu'on veut quitter, et qu'on reprend toujoursl

Dis-moi d'où te vient cet empire.

Ce charme invisible et puissant, Qui nous subjugue et nous attire, Et qui fait que l'on ne respire Qu'entre tes murs d'où l'air sain est absent?

C'est que tu résumes la France ; C'est que de Strasbourg à Quimper Et de la Flandre à la Provence, Tout s'assimile à ton essence, Comme l'ait l'eau des lleuves à la mer.

C'est qu'en tes entrailles humaines On sent battre un cœur généreux Qui prend le sang noir de nos veines, Et, par les artères lointaines, Le rend plus rouge au corps plus vigoureux.

C'est là qu'on peut vivre à sa guise.

Etre impunément sage ou sot, Aller au théâtre, à l'église, Sans qu'aus-iitôt chacun se dise :

« C'est un athée, » ou bien : « C'est un cagot! »

C'est la ville des femmes frôles, Au teint pâle, au charmant parler.

Et dont les grâces naturelles.

En tous lieux servant de modèles, Vont s'imitant, sans jamais s'égaler.

C'est la ville des folles mises, Des excentriques, des hâbleurs.

Des existences incomprises.

Des fantastiques entreprises, Des gueux honteux et des riches voleurs.

Les arts y gravent la mémoire Du siècle qui passe en courant ; C'est là que se fait notre histoire, C'est là qu'on va chercher la gloire, Qu'on vit obscur, et qu'on peut mourir grand.

Mais sous ton atmosphère impure, 0 Paris, tu ne connais pas Quelle est la voix de la nature.

Quelle couleur a la verdure.

Quelle senteur s'exhale des lilas.

Déjà, l'air plus doux nous rappelle Que l'hiver bientôt finira ; Ah ! que revienne l'hirondelle !

Nous voyagerons avec elle ; :Nous reviendrons quand elle partira.

Paris, la ville enchanteresse Qui nous prend toutes nos amours, Paris, la belle pécheresse, Paris, l'infidèle maîtresse 'Qu'on veut quitter, et qu'on reprend toujours 1

44 CnA.NSONS A DIRE

CIIALE ET BOxN'NET

Elle était vraiment jolie, Bien qu'elle eût, ce matin-là, Un air de mélancolie . ..

Il pleuvait : c'est pour cela.

Cette pluie était du givre, Ce givre était du verglas.

Je résolus de la suivre, Et je me mis sur ses pas.

Comme l'abeille se joue Au calice d'une fleur.

Elle trottait dans la boue Qui lui donnait sa couleur.

Je me disais : « Où va-t-elle, Avec ce grand air d'ennui?

Je saurai, mademoiselle, Votre secret d'aujourd'hui. »

Sa mise me fit sourire :

Une robe qui traînait.

Sur son dos, un caclicniiie, Et sur sa tête, un bonnet I .

Robe jadis violette, Mais ayant perdu son nom.

Le bonnet disait : Grisette; Le châle répondait : Non.

Cachemire de duchesse.

Valant trois mille francs net.

Le châle disait : Richesse :

Non, répondait le bonnet.

Durant tout ce dialogue Que sa mise m'inspirait, Je la suivais comme un dogue Qu'on veut dresser à l'arrêt.

Il semblait qu'en promenade Elle allât à travers champs, Sans adresser une oeillade A la montre des marchands.

Par les méandres sans nombre D'un quartier que j'ignorais, Elle conduisit son ombre Du Panthéon au Marais.

II fut un pas dans la route Qu'elle hésitait à franchir ; C'était fatigue, sans doute : ■ Ses jambes semblaient iléchir.

Je pensai : « Brebis qui boite Doit approcher du bercail. »

Tout à coup, tournant à droite, Elle entra sous un portail.

4d CHANSONS A DIRE

Comme au bord d'un piécipice.

Tout ému, je m'arrêtai Au fnnton de l'édifice, Je lus: Mont-de-Piété,

Pauvre fille! me disais-je, Elle aura connu la faim Et le froid... Voici la neige...

Elle reparut enfin.

J'aperçus dans sa main pâle Un papier qu'elle serrait :

Elle n'avait plus de châle, Et je crois qu'elle pleurait.

Me vit-elle? Je l'ignore; Mais elle pressa le pas.

Je voulais la suivre encore.

Et je ne la revis pas.

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