LE CIGARE
J'aime à fumer, je le confesse; Un cigare me rend heureux :
11 est ma meilleure maîtresse ; Il est l'ami de ma paresse, Et je suis souvent paresseux.
Viens donc, mon fidèle cigare, Mon compagnon silencieux; Que par toi ma raison s'égare En des pensers capricieux.
Que j'aime à suivre ta fumée, Tantôt sous un feuillage vert, Tantôt, dans ma chambre fermée, Auprès de la bûche enflammée, Cette verdure de l'hiver.
Dans chaque flocon qui s'élève Pour s'étendre et s'évanouir, Je vois se balancer un rêve, Et rêver, n'est-ce pas jouir?
N'est-ce pas une douce chose iJ)e hausser son esprit aux cieux.
De voguer sans suite et sans cause,
Dans cet horizon blanc et rose
Qu'on ne voit qu'en fermant les yeux?
Ah ! respirer par la pensée
Et vivre par les sentiments,
Ce n'est pas là chose insensée :
Je crois encore aux doux serments.
rs'on, l'amitié n'est point un leurre, Ami, je connais ta vertu; Que fais-tu loin de ta demeure?
Lorsque je pense à toi, je pleure.
Mon ami, quand reviendras-tu?
Reviens, j'ai besoin de t'entendre Et j'ai besoin de te parler ; Mais j'écoule une voix plus tendre Qui vient ici me consoler.
Amour, j'ai maudit ta torture, Je t'ai nié pour trop souffrir ; Ta puissance n'est que trop siire :
Le cœur a toujours sa blessure Qui se ferme pour se rouvrir.
Mais je n'aperçois que les charmes Que tu livres à tes élus; Tes yeux ne versent plus de larmes; Ta blessure ne saigne plus.
Tu bannis ma triste mémoire ; Je crois à ce monde nouveau, A la vertu comme à la gloire ; Je crois en toi, car je veux croire A tout ce que le ciel fit beau.
Volez, volez, douce fumée :
Là-baut emportez mon espoir; Ma cendre tombe consumée; Mon cigare est fini. Bonsoir.
rnvNSONS A DIRE
M.V VOISIiNE
Tous les matins, je vous vois, El j'entends do votre voix La mélodie argentine ; Au doux bruit de vos chansons Vous éveillù/, tos pinsons.
Bonjour, ma voisine.
Si vous demeurez si haut, Sans doute c'est qu'il vous faut De l'air pour votre poitrine ; Et, sang fatiguer vos yeux, Vous pouvez travailler mieux.
Bonjour, ma voisine.
Vos doigts courent diligents Sur la soie aux tons changeants.
Sur la blanche mousseline.
Vous n'en conserverez rien :
L'indienne vous va si bien I Bonjour, ma voisine.
Ils ne sont pas faits pour vous.
Les bahuts, ni les bijoux, Ni les vases de la Chine.
HISTOIRES, CONTES ET REGlTi 51
Votre opulence est ailleui's :
Venez arroser vos Heurs.
Bonjour, ma voisine.
Ne croj'ez pas le miroir Qui dit que votre œil est noir, Et que votre taille est fine; Comment peut-il le savoir, Si vous n'allez pas y voir?
Bonjour, ma voisine.
Le jour se met à baisser :
Les plaisirs vont commencer, Et la ville s'illumine.
Faites des rêves' heureux ; Cardez-vous des amoureux.
Bonsoir, ma voisine.