‹ Chansons à direChapitre 27 sur 130 · PASTORALE · texte numérisé non relu

PASTORALE

Pâle habitant de la ville adorée Où le plaisir doit abréger les jours, Tu crois avoir, dans ta prison dorée.

Tous les bonheurs et toutes les amours. Viens dans les champs où brille la verdure; Dans nos sentiers viens égarer tes pas; Nous entendron'-i la voix de la nature : C'est une voix que tu ne connais pas.

Quand, de tes murs franchissant la barrière, Tu viens, l'été, reposer ta langueur, Dans ta villa tu rêves de chaumière, Et dans ton parc tu te crois laboureur. Mais cet amour d'un recoin solitaire, Que de tes mains cent fois tu retournas, Ce doux souci, cet amour de la terre, C'est un amour que tu ne connais pas.

Tu ne sais pas cette sollicitude Du beau soleil, de la pluie et des vents, Tu ne sais pas par quelle longue étude Du lendemain nous devenons savants-

Et, lorsque sont les moissons dépouillées, Ou que les champs dorment sous les frimas, La promenade ou les longues veillées...

C'est un loisir que tu ne connais pas.

Ces longs épis, trop inclinés peut-être, Combien de fois est-on venu les voirl Dans ces raisins que le soleil pénètre. Que de travaux, de craintes et d'espoir! Mais que t'importe?... et tu bois, et tu manges. Sans t'informer, au sein de tes repas.

Comment se font les blés et les vendanges... Ce sont des soins que tu ne connais pas.

Vois, c'est le soir : dans la plaine plus sombre, Le bruit se meurt plus lointain et plus sourd. Des moucherons les pléiades sans nombre Demain encore annoncent un beau jour.

Puis l'horizon disparait et s'efface; Puis tout se tait : on n'entend plus là-bas Que le bonsoir d'un paysan qui passe... C'est un salut que tu ne connais pas.

G gens heureux! G campagne paisible, Que vous avez de calme et de fraîcheur! Non. Ces tableaux te laissent insensible : L'air des cités a corrompu ton cœur.

Les jeux, le luxe, et le monde, et l'envie Conviennent mieux à tes sens délicats.

Va, laisse-nous notre tranquille vie ; C'est un boaheur que tu ne comprends pas.

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