‹ Chansons à direChapitre 3 sur 130 · SOUVENIRS DE VOYAGE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE VOYAGE

Ami, t'en souvient-il, de nos courses errantes, Quand, légers de soucis et dépourvus de rentes.

Sans équipage et sans chevaux, Le bâton à la main et le sac sur l'épaule, Nous allions parcourir les sentiers de la Gaule,

Gambadant par monts et par vaux?

Nous voulions découvrir d'impossibles contrées. Des rivages perdus, des routes ignorées.

Des sites riants ou glacés ; Nous voulions remonter aux sources des rivières. Gravir sur des rochers, et lire sur des pierres

Vhistoire des siècles passés.

Nous voulions voir aussi les châteaux de Touraine, Les dolmens décevants dont la Bretagne est pleine, Et les océans orageux,

Les cuslumes perdus et les mœurs surannées, Notre Rhône et leur Rhin, les pics des Pyrénées El les Alpes au front neigeux.

Je n'ai rien oublié ; tout vit dans ma mémo ire ; C'est là que, relisant notre première histoire.

Souvent je me sens rajeunir ; Et le jour, (juand je pense, et la nuit, quand je rêve, Au hasard, avec toi, sur les monts, sur la gi'ève.

Je voyage de souvenir.

Voici le jour, partons. La fraîcheur matinale Des champs silencieux et des forêts s'exhale

Avec mille parfums divers ; La rosée en tombant perle sur la feuillée. Et déjà l'alouette, avant nous éveillée.

S'élance en chaatant dans les airs

Nous prenons notre vol et nos chansons comme elle : Allons, le paresseux 1 Allons, vite, la belle,

Debout I Est-ce ainsi que l'on dort?

Puis, adieu le village et l'auberge avenante, Et la vieille aubergiste et la jeune servante

Du Grand Cerf ou du Lion d'or.

Nous partons , nous prenons notre course première. Comme écoliers faisant l'école buissonniôre,

Jouant, riant à travers ch.unp ; Et puis, lorsque, tombant sur nos têtes moins gales, Le soleil a ployé nos jambes fatiguées,

Nous rétléchissons en marchant.

Salut, les pampres verts, les ruines antiques, Les riantes maisons, les tourelles gothiques

Flanquant les murs d'un noir château, Les villages déserts, les modestes églises, Les filles du pays naïvement surprises.

Et la halte au bord d'un ruisseau!

Allons! là-bas, bientôt, nous verrons apparaître La branche de sapin qui pend à la fenêtre

D'un incroyable cabaret.

Et qui promet de loin, sirène dangereuse, Le cidre pétillant ou la bière mousseuse,

Le petit blanc ou Je clairet.

Puis, les mille incidents, les rencontres étranges; Puis, les foins ramassés, les moissons, les vendanges,

Les chevaux vifs et les bœufs lents, Une dame qui passe au fond de sa voiture, Et qui rit... Puis, le soir, le dîner d'aventure,

Et la chambre aux rudes draps blancs.

Mon ami, c'étaient là les beaux jours de la vie ; Ils font nos souvenirs; ils feront notre envie;

Nous ne demandions rien au sort :

Que pouvait-il manquer à notre humble ordinaire? Les repas les meilleurs sont ceux que l'on digère.

Les meilleurs lits, ceux où l'on dort.

Ah! lorsque, bien changés, près du foyer tranquille, Le boiteux rhumatisme ou la goutte immobile Nous tiendront souQrants ou perclus,

6 CnANSONS A DIRE

Comme nous conterons à de jeunes oreilles Les mille événements, les monts et les merveilles Que nous ne verrons jamais plus!

Nous dirons les plaisirs, les dangers du voyage; Même, nous conterons plus d'un fameux passage

Que nous n'avons pas traversé; Et puis, pour terminer, graves comme un vieux liyre. Nous dii'ons aux enfants que l'on ne sait plus vivre,

Et que le bon temps est passé.

LA CUISINE DU GHATEAi:

Lorsque l'automne, abrégeant la journée, A secoué son froid manteau,

J'aime à m'asseoir, près de la cheminée, Dans la cuisine du château.

Dès avant que l'aube paraisse, Partout on s'agite, on se presse; On circule d'un pied léger ; La porte s'ouvre et se referme ; On reçoit les œufs de la ferme Et les herbes du potager.

Dans la marmite en fer de forge, La bouillie ou la soupe d'orge Bourdonne tout le long du jour, Tandis que la broche sonore Présente au feu vif qui les dore Les poulets de la basse-cour.

C'est là que le pauvre qui passe Trouve du pain pour sa besace Et s'assied sur le banc de bois

CFIANSONS A PIRE

Et le colporteur en tournée Y vend aux Clles de journée Les colifichets villas-eois.

Les chats sournois, les chiens avides, A l'entour des assiettes vides, S'en vont flairant je ne sais quoi; Partout le mouvement, la vie, Et, jusqu'à la table servie.

Chaque minute a son emploi.

Le soir venu, le travail cesse; On rentre; la lampe se dresse; Autour de l'âtre on est pressé; Les femmes actives tricotent; Les vieille?, en filant, marmottent Quelque refrain du temps passé.

Le jardinier, dans un lexique, Cherche le nom scientifique Des dahlias ou des œillets; Le garde-chasse du village Parle des choses d'un autre âge.

Des loups ou des esprits follets.

Et, dans ce brouhaha paisible.

Le grillon, causeur invisible.

Dans un coin du foyer bruit; Et quand le coucou de l'horloge A chanté dix fois, on déloge; On se sépare : bonne nuill

Tout s'endort, et moi, je demeure Assis encor durant une heure Auprès du brasier consumé ; Et mes rêves prennent des ailes, Pour aller vers ceux ou vers celles Qui m'aiment ou qui m'ont aimé.

Lorsque l'automne, abrégeant la journée, A secoué son froid manteau,

J'aime à m'asseoir, près de la cheminée, Dans la cuisine du château.

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CHANSONS A DIHE

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