‹ Chansons à direChapitre 4 sur 130 · LES VOIX DE LA NU«T · texte numérisé non relu

LES VOIX DE LA NU«T

La nuit était calme et sereine;

Paris, retenant son haleine,

Se reposait silencieux.

J'ouvris ma fenêtre bâtarde,

Et, des hauteurs de ma mansarde,

Au hasard j'abaissai mes yeux.

Les toits voisins, dans la pénombre.

Coupaient leur silhouette sombre En angles noirs sur un fond gris.

De loin en loin, auelaues lumit^res Dénonçaient des mains ouvrières Ou de romanesques esprits.

Et, du milieu de ce silence, Je crus entendre un chœur immense Qui vers le ciel montait sans bruit; Et i'écoutai, durant une heure, S'élevant de chaque demeure, Los voix confuses de la nuit.

C'était la plainte universelle, L'espérance toujours nouvelle De la soullrante humanité.

Car, dans leurs veilles ou leurs rêves. Les esprits humains n'ont de trêves Qu'en dehors de la vérité.

D'une étroite et basse fenêtre Sortait un soupir, et peut-être Un blasphème.... N'écoutons pas !

Puis : « La richesse ! la richesse ! » Disait-on. « Elle fuit sans cesse, Et je suis toujours sur ses pas ! »

Là, sur sa couche maladive,

Un vieillard disait : et Que je vive !

Et je ne demande plus rien ! »

— a Mon Dieu, donnez-moi la puissance ! Le peuple, en sa reconnaissance,

Dira votre nom et le mien ! »

Un artiste criait : « La gloire!

Dieu, faites vivre ma mémoire, Et confondez tous mes rivaux ! »

— « Ah! l'ennui consume ma vie; Il faut à ma coupe assouvie

Des vins et des plaisirs nouveaux. »

— « Une pure image de femme A pris le chemin de mon âme, »

Disaient des cœurs adolescents.

— « Mon Dieu, qu'il fasse beau, dimanche^ Je dois mettre ma l'obe blanche, »

Chantait un souci de quinze ans.

Ainsi, chaque voix, douce ou triste.

Avait sa prière égoïste, Et demandait à Dieu toujours D'oublier la douleur commune, Pour s'occuper de sa fortune, De sa gloire ou de ses amours.

Et pas une action de grâces Ne s'élevait dans les espaces, Libre du terrestre souci; Pas une voix reconnaissante Ne bénissait l'heure présente, Pour aller dire à Dieu : « Merci! »

La nuit était calme et sereine :

Paris, retenant son haleine, Se reposait silencieux, Et, dans ma rêverie austère, Détachant mes yeux de la terre, Je les élevai vers les cieux!

HISTOIRES, COiMES ET RÉCITS 13

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