LE POMMIER
Le vent est un sublime orchestre Qui fait vibrer l'écho terrestre
Et fait l'arbre chanter.
Il souflle dans les branches folles Des sons qui semblent des paroles
Et qu'on pourrait noter.
Hier, je trouve sur ma route Un pommier qui causait.
Emu, je m'arrête, j'écoute.
Voici ce qu'il disait :
Passant, qui regardes mes pommes, Tu vois sans doute que nous somme
En plus d'un point pareils; Mes fruits sont amers ou suaves, Comme tes jours légers ou graves,
Nébuleux ou vermeils.
Que d'espérances avortées Dans leur première fleur !
Que de croissances trop hâtées Que le ver perce au cœur !
Pourtant la sève germe et monte ; Alors un prodigue sans honte
Sur nous lève la main ; Il cueille sa vendange verte Et vient couper l'artère ouverte
Au miel du lend-ema'i.
Ou bien c'est l'homme au cœur de marbre^
L'avare froid et dur, Qui laisse dessécher sur l'arbre
Mon sang liquide et mûr.
Ainsi vous récoltez sans cesse, Par trop de hâte ou de paresse,
Le fruit vert ou gâté.
Le sage seul, parmi les hommes, Cueille ses jours, cueille ses pommes,
Dans leur maturité.