ROME FUTURE
Rome, je connais ton histoire Ecrite en style expiatoire
Sur tes débris puissants.
Tes monuments et tes églises Sont des inscriptions surprises Aux âges anciens ou récents.
J'ai parcouru tes catacombes ; J'ai suivi le chemin des tombes A travers monts et vaux.
J'ai vu tes fières galeries, Et ton océan de prairies, Et tes aqueducs triomphaux.
Près des hauteurs capitolines, J'ai reconnu les six collines Que Brennus occupa.
J'ai vu combien est peu de chose La place où Raphaël repose Dans le Panthéon d'Agrippa.
Mais ce qui frappe ma pensée, Ce n'est pas ta grandeur passée Ni ton éclat nouveau ;
Ce n'est pas la fleur des ruines Qui plonge ses minces racines Dans les fentes d'un chapiteau.
♦ Je voudrais, telle est mon envie,
Je voudrais rechercher la vie
Sous le sol habité ; Car la terre, ainsi que les nues, A des profondeurs inconnues Qui tentent notre avidité.
Je voudrais soulever le voile Qui cache encor plus d'une étoile
De ton ciel souterrain, Et voir ton peuple de statues, Depuis des siècles abattues, Se dresser de marbre et d'airain.
Je voudrais sonder tes entrailles Pour reconstruire les murailles
Que nous foulons aux pieds.
Combien de héros pentéliques.
Couchés là comme des reliques.
Dorment sous la terre oubliés!
Le pavé sur lequel on marche Semble être voiilé comme l'arche
De quelque pont croulé; Chaque palais que l'on contemple Usurjto la place d'un temple Qui plus lard sera révélé.
Un jour viendra, ce jour approche, Où prenant la pelle et la pioche.
Les hardis ouvriers Recueilleront sous les décombres Les blocs sacrés, les grandes ombres Des orateurs et des guerriers.
Quand on pourra, d'une main libre, Sonder le lit fangeux du Tibre
Détourné de son cours, Depuis Saint-Paul jusqu'à Saint-Ange, Les dieux sortiront de la fange Pour revivre à l'éclat des jours.
0 ville qu'on dit éternelle.
Sous le linceul qui te recèle, Laisse-moi cet espoir, 0 ville à la triple ceinture Ancienne, présente et future, Que je vive assez pour te voir!