‹ Chansons à direChapitre 32 sur 130 · LA GREFFE · texte numérisé non relu

LA GREFFE

Combien peu finissent le rêve (Qu'enfants ils avaient commencé !

La greffe dirige la sève Hors du chemin qu'on s'est tracé.

Tel était né pour ne rien faire, Sur qui l'on greffe un travailleur; Tel était mauvais et colère, Qu'un bon jardinier rend meilleur.

On a vu plus d'un imbécile Devenir un homme d'État; Tel semblait léger et futile.

Qui fut un grave potentat.

Tel avait des instincts d'esclave, Qui commande dans les bureaux; Tel autre n'était pas très brave, Dont l'exemple a fait un héros.

Et pourtant, chacun veut se plaindre t Si haut, si haut qu'il soit monté.

Il ne pense jamais atteindre Au rang qu'il avait mérité.

Écoutez l'éternel murmure Des arbres et des gens greffés, Qui prétendepf que la culture Les a dans le germe étouffés :

« J'avais le goût de la musique, Et je fais des premiers-Paris ;

— J'étais né pour la politique, Et je suis courtier en esprits.

— J'étais né pour avoir des rentes, Et je n'ai que des créanciers ;

Au lieu de très riches parentes, Jai de très pauvres héritiers.

— J'étais né pour rester tranquille.

Et je hurle au milieu des loups.

— J'étais né pour vivre à la ville, Et je vis pour planter des choux. »

Écoutez cette pauvre femme Qui pleure ses anciens succès:

« Je devais être grande dame, Et je fabrique des corsets.

— Je devais, dans la tragédie, Remplacer Clairon ou Rachel, Et je chante Ma Normandie,

A l'angle du pont Saint-Michel. »

Tout le monde a de ces répliques.

Je voyais un arbre fruitier Chargé d'abricots magnifiques Ce doit être un abricotier.

06 CHANSONS A IjIRE

Non I Je compris ses infortunes Qu'il chantait à tous les échos :

« J étais né pour porter des prunes, Et je produis des abricots 1 »

CHANSONS PIIILOSOPniQUES 97

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