‹ Chansons à direChapitre 41 sur 130 · L'ALCYON · texte numérisé non relu

L'ALCYON

Ainsi qu'une onde tourmentée, Notre existence est empjrtée Par un invincible courant.

Trouverons-nous une retraite Où notre navire s'arrête Dans le remous de ce torrent?

Nous voulions garder une trace De toute chose ayant sa place Dans le cœur ou dans la raison; Mais les souvenirs du voyage, Avec les arbres du rivage, Sont déjà loin à l'horizon.

Dans l'espace étroit de son orbe, Le moment présent nous absorbe; Nos jours s'écoulent confondus, Semblables aux flots qui se brisent, S'amoncellent et se détruisent, Pour se redresser éperdus.

Si du moins, dans notre impuissance.

Dieu nous accordait la licence D'imiter l'alcyon des mers,

Qui, sans effroi de la tourmente, Etablit sa maison flottante A la cime des flots amers!

Alors, on dit que la tempête, Qui des grands mâts couche la tête, Ne peut submerger le roseau Où dort la paisible couvée.

Sur le ?ein des eaux soulevée.

Comme Moïse en son berceau.

Pourquoi ne peut-on pas, de même.

Trouver au pays où l'on aime Cet esquif léger et mouvant Qui vogue sans voile ni ramC; Qui se plie au choc de la lame Et se courbe au souffle du vent?

Ainsi, sur l'océan du monde, Nous livrerions au gré de l'onde Le nid de mousse et de velours Où seraient mollement bercées Nos plus attachantes pensées, Nos amitiés et nos amours.

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