‹ Chansons à direChapitre 42 sur 130 · VIN ORDINAIRE · texte numérisé non relu

VIN ORDINAIRE

Tu ne viens pas de la côte dorée Qui de Dijon court jusqu'au Beaujolais ; Tu n'es pas né dans la plaine altérée, Ou le Médoc mûrit pour les Anglais.

Un nom pompeux ne te fait pas coniiailre ; Tu n'as pas eu de médaille au concours. Tu resteras aux bords qui t'ont vu naître, Vin ordinaire, ami de tous les jours.

Tu n'auras pas la toilette de cire.

Ni le bouchon qui marque un cru choisi,

Le verre étroit où le vin se désire.

Ni le flacon artistcment moisi.

Tu n'auras pas les atours de rencontre

Qu'une coquette appelle à son secours.

Un cœur fidèle à découvert se montre,

Vin ordinaire, ami de tous les jours.

Nos goûts changeants et notre humeur légère Sous d'autres deux nous ont souvent conduits. Est-ce à prouver que la terre étrangère Passe pour nous avant notre pays?

On est séduit par un esprit qui brille; On va hunier l'air parfumé des cours;

Puis on revient au foyer de famille, .Vin ordinaire, ami de tous les jours.

Vin naturel, vin loyal, vin sincère,

Tu viens me rendre un lointain souvenir :

J'eus un ami; sa mémoire m'est chère;

11 est parti pour ne pas revenir.

Mais il avait ta gaîté familière,

Ton goût modeste et ton simple discours.

J'ai son portrait.; il reçoit ma prière,

Le vieil ami, l'ami de tous les jours.

Notre existence a ses heures d'ivresse Où le soleil est plus vif et plus chaud. On croit trouver dans une main quon presse Un point d'appui pour s'élever plus haut. On veut la gloire; on croit seul C'tre digne De ses faveurs et non de ses retours... Heureux celui qui cultive ta vigne, Vin ordinaire, ami de tous les jours.

Ils sont partis, les hôtes de nos fêtes, Comme on levait la nappe du festin.

Les fleurs de mai doot ils ornaient leurs Se flétrissaient au brouiSard du malin.

Ils sont partis. Le précepte d'Ovide Serait-il vrai? Non, près de toi j'accours. Le ciel est noir; la maison n'est pas vide Mon vieil ami, l'ami de tous les jours.

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