INSOMNIE
En vain, sur ma couche brûlante, Je cherche un repos qui me fuit ; La nuit est sombre, l'heure est lente; La cloche triste dit minuit.
Les soucis, fils de l'insomnie, Assiègent mon esprit fiévreux ; Une image, cent fois bannie, Cent fois reparaît à mes yeux.
Fée ou muse, mon adorée, Toi qui visites mon sommeil, Ouvre-moi la porte nacrée Du pays où tout est vermeil.
Rappelle-moi l'heureuse enfance.
Dore le brumeux avenir; N'est-ce pas toute l'existence, Espérer et se souvenir?
Peuple ma modeste demeure Des amis que j'eus autrefois ; Hél?sl il en est que je pleure Mciô en songe je les revois!
Alors le temps et la dislance Disparaissent comme l'éclair; Le monde fuit, et je m'élance Dans le vague azuré de l'air.
Le beau ciel, la belle campagne!
Nous sommes deux; nous voyageons; C'est ritalié ou c'est l'Espagne; Tu peins, je chante, et nous marchons!
Regarde, ami, cette fenêtre :
Une femme est assise auprès; Je cherche. . et, sans la reconnaître, Je me rappelle tous ses traits.
Est-ce vous, Laure, ou vous, Adèle?
Diles-moi votre nom tout bas; Est-ce vous?... Non. C'est encore elle, Celle que je ne nomme pas !
Ah! ma plaie est encor saignante....
Que vois-je? Elle me tend la main; Sa voix est douce et pénétrante ; A demain, dit-elle, à demain!
Elle fuit... et je veux la suivre...
Des liens retiennent mes pas....
Jusqu'à demain laissez-moi vivre.
A demain! Ne m'éveillez pas.