LORSQUE J'AIMAIS
Lorsque j'aimais, lorsque j'aimais...
0 le bon temps, ô la jeunesse, -Vous qui ne reviendrez jamais, Vous fuyez de quelle vitesse !
Ai-je bien employé ces jours Si regrettés et si rapides?
Non; quelque amertume toujours Arrive à nos lèvres avides.
Nous avons besoin de souffrir Les maux que chaque jour apporte, Et nous ne savons pas ouvrir Quand le bonheur fi-appe à la porte.
Le bonheur, espoir des humains, Si fragile et si dérisoire.
Que, le tenant dans les deux mains, Nous ne pouvons encore y croire.
" Mais je n'ai jamais regretté Mes angoisses ni mes alarmes.
Et pour ma première gaîté Je n'aurais pas donné mes larmes.
Ceux-là seuls peuvent être heureux (Et ceux-là ne sont pas des nôtres) Qui trouvent leur plaisir en eux Et ne souffrent pas dans les autres.
Dans le livre, bientôt fermé, Où nous écrivons notre histoire, Le temps où nous avons aimé Laissera seul une mémoire.
Dirai-je que ce temps a fui?
Non; le jour succède à l'aui'ore.
C'était hier, c'est aujourd'hui Et ce sera demain encore;
Car l'amour vrai n'est destiné Qu'à ceux qui peuvent ie comprendre, Et, quand le cœur s'est bien donné, Il ne saurait plus se reprendre.
148 CnANSONS A DIRE
SUPPOSITIOiN
Vous êtes triste, mon amie ;
Triste, pourquoi?
Le bonheur vous tient endormie ;
Ecoute2-moi :
Vous êtes jeune, et je suppose
Que vingt ans, c'est si peu de chose,
Soient révolus :
Je suis ridé, ma tête est blanche ; Votre corps moins souple se penche;
Nous n'aimons plus.
Alors, un soir, un soir d'automne.
Je vous revois ; Nous sommes vieux, vous êtes bonne Comme autrefois.
Je prends votre main dans la mienne, Et je vous dis : « Qu'il vous souvienne
Des jours passés.
Quand jeunes et libres ensemble... »
.Ma voix s'éteint, votre main tremble;
Vous rougissez.
Et pourtant ma phrase s'achève :
« Vous souvient-il Combien nos cœurs avaient de sève
En notre avril?
Combien nous étions l'un à l'autre, Et quel bonheur était le nôtre,
0 mon trésor!
Lorsqu'une commune pensée Tenait notre vie enlacée
A son fil d'or?
Alors, je veux aussi le croire,
Votre œil pâli Retrouve une larme, en mémoire
D'un long oubli.
Et vous me dites : « Laissez laisse
Notre amour et notre jeunesse ;
Je m'en souviens.
Je veux plutôt les désapprendre Et ne pas remuer la cendre
Des temps anciens. »
Eh bien, j'ai commis un mensonge
Triste et pesant :
Ce passé revu dans un songe.
C'est le présent.
Ces lieures, ces rapides heures Que je rappelle et que tu pleures, Nous les pressons;
loO CHANSONS A DIRE
Ces printemps que les hivers chassen., Ils ne sont pas passés, ils passent Et nous passons!
Et tu resterais endormie
Auprès de moi?
Vous êtes triste, mon amie, Triste, pourquoi?