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LA RETRAITE

Elle m'a dit : « Fuyez la ville, Cherchez le repos et Toubli; Vous avez là-bas un asile Où, comme l'élang immobile, La vie est sans cours et sans pli. »

Et j'en ai cru mon doux prophète ; Je suis parti, je suis venu Me retremper dans la retraite, Et le jardin me faisait fête Comme s'il m'avait reconnu.

J'ai retrouvé ma vie ancienne, Les matins plus longs que les soirs, Et la langue qui fut la mienne :

Il faut bien que je m'en souvienne Auprès de l'aire et des pressoirs.

C'est le rossignol qui m'éveille; Je cours éveiller le grillon.

Tout me consulte ou me conseille :

Travaille, me dit une abeille ; Ne fais rien, dit un papillon.

J'écoute parfois la première, J'imite souvent le second, Et je m'en vais par la clairière Faire ma halte buissonnière, Comme un écolier vagabond.

Parfums choisis, grâce bénigne, La nature a tout rassemblé, La ileur des prés qui se l'ésigne, La fleur suave de la vigne Et la fleur modeste du blé;

La rose qui dit la louange Du rosier, roi de la saison, Et le lis blanc, au cœur orange.

Qui prophétise la vendange Trois mois après sa floraison.

Puis à mes rêves je m'attelle; Ils vont devant et j'obéis.

Je réfléchis, je me rappelle :

Dieu! si j'allais rencontrer celle Qui m'exile dans mon pays!

Eh bien, je le dis, je le jure, Non, le calme n'est pas ici!

L'amour m'a laissé sa morsure; Comme le fer dans la blessure, J'emporte après moi mon souci.

Lis orgueilleux, roses voinieille-.

Soyez sans grâce et sans parfums;

Raisins, descendez de vos treilles; Rentrez dans vos ruches, abeilles; Taisez-vous, oiseaux importuns 1

Que tombe la neige annuelle, Que se dépouillent les bois verts, Et j'aurai ma saison nouvelle :

Il n'est pas de printemps loin d'elle î Auprès d'elle il n'est pas d'hivers!

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