‹ Chansons à direChapitre 67 sur 130 · LES HEUREUX VOYAGEURS · texte numérisé non relu

LES HEUREUX VOYAGEURS

Agitez vos houppes de laine, Secouez l'or de vos grelots poudreux,

Chevaux de montagne et de plaine Qui conduisez des couples amoureux!

Nous sommes deux dans la nature, Nous sommes deux qu'unit un d&Mx penchant^

Et nous courons à l'aventure Après l'aurore et le soleil couchant. ,

C'est le romanesque voyage, Le grand projet longtemps élahoré ;

Sur notre front pas un nuage, Pas un souci dans le ciel azuré!

Plus près, ma nouvelle épousée ; Prends sur mon sein la place que je veux;

Qu ton épaule soit posée Sur ce coussin qui sied à tes cheveux.

Ouvre les yeux, lève la tête; Prends mes haisers, prends, tu me les rendras.

Que le passant naïf s'arrête A: regarder le collier de nos hras.

Qu'on puisse lire ta clémence Dans ce regard qui vers moi s'assoupit ! Que mon orgueil en soit immense!

Que les jaloux en pleurent de dépit !

Mais non! que le vent leur envoie Quelques parfums dérobés à nos tleurs,

Avec une part de la joie Dont le trop plein s'épanche de nos cœurs.

Soyez heureux par notre faute, Indifférents qui passez près de nous;

Que notre bonheur soit votre hôte; A son foyer vous vous chaufferez tous!

Où portes-tu tes rêveries, Vieux laboureur jaloux de tes voisins?

Que l'eau visite tes prairies; Que le soleil fréquente tes raisins!

Salut à la laitière blonde!

Comment, si tard, traversez-vous les bois?

Que votre vache soit féconde.

Et que son lait sème l'or sous vos doigts!

Salut au postillon rapide, Au voiturier sur sou siège endormi 1

Bonsoir, berger, sorcier candide, Regarde-nous avec un œil ami.

Bonsok, les fillettes rieuses,- Les beaux garçons, regardez donc ici.

Vous, inquiets, vous, curieuses...

Nous nous aimons ; vous aimerez aussi.

Et vous, fleurs des champs, fleurs des villes, Blés frémissant au souffle des vents doux,

Arbustes aux tiges mobiles, N'avez-vous pas vos amours comme nous?

0 ma charmante, écoute, écoute; Comme le ciel, ma raison est en feu...

Que vois-je ?... Au détour de la route. Un mendiant.... Arrêtons-nous un peu ;

Et que longtemps il se souvienne Des voyageurs joints par un doux penchant.

Qui mirent leur main dans la sienne, Un jour d'été, par le soleil couchant.

Agitez vos houppes de laine; Secouez l'or de vos grelots poudreux,

Chevaux de montagne et de plaine Qui conduisez des couples amoureux 1

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