LA GLORIEUSE
Elle était devant son miroir, Lissant le double bandeau noir De sa chevelure soyeuse; Elle dit d'un ton dédaigneux :
« Comment trouvez -vous mes cheveux? »
La glorieuse I
« On m'a dit souvent que mes yeux Sont aussi profonds que les cieux, Surtout quand je suis sérieuse.
Voulez-vous vous en assurer?
Tâchez de me faire pleurer. »
La glorieuse !
« Pour ma bouche, c'est différent; Je n'ai d'orgueil en la montrant Que les jours où je suis rieuse.
Mes dents ont des reflets nacrés; Faites-moi rire, vous verrez. »
La glorieuse !
« Et puis, ne remarquez-vous pas La blancheur mate de mon bras, Et cette ligne harmonieuse
Qui va de l'épaule au menton, Beauté de sculpteur, nie dit-on? »
La glorieuse !
« Vous n'avez non plus jamais dit Que j'ai le pied petit, petit.
Que ma taille est délicieuse. Je n'en tire pas vanité ; Mais on me l'a tant répété ! »
La glorieuse!
« Si vous n'êtes pas fou de moi, Je ne puis comprendre pourquoi.
Répondez, je suis curieuse.
Me trouvez-vous quelque défaut? »
Alors, je m'écriai tout haut :
i( La glorieuse ! » —
« Oui, glorieuse, c'est cela!
il me faut, sous ce titre-là, Une chanson vive et joyeuse! » — Pendant deux jours j'ai résisté, Et le troisième, j'ai chanté :
t La glorieuse. »