‹ Chansons à direChapitre 76 sur 130 · ADIEUX A UN AMI · texte numérisé non relu

ADIEUX A UN AMI

Ainsi, tu pars, et je demeure

Tout seul dans la maison qui pleure

Un maître absent; Ton amitié l'avait peuplée, Et tu la laisses désolée

En me laissant!

Ainsi passera comme un rêve L'intimité longue et trop brève

Qui nous unit.

Quand les oiseaux ont pris leurs ailes, Adieu les amours fraternelles.

Adieu le nid!

Je contemple d'un œil avide La place qui va rester vide

A mon foyer; Nous étions faits pour vivre ensemble, Et maintenant, vois-tu, je tremble

De t'oublier.

Oh ! non, tu ne pourrais le croire; N'attristons pas notre mémoire, Serrons nos tleurs;

Rappelons-nous co que nous sommes, Et qu'il ne sied pas à des hommes De fondre en pleurs.

Gardons une image sereine De ces jours révolus à peine,

Légers et doux ; Sachons achever notre ouvrage ; Ayons ce supi'ème courage :

Souvenons-nous.

Ecoute : il est minuit, j'arrive; Tu m'attends, l'oreille attentive,

Près des tisons.

Bientôt la lampe est ranimée, J'ai pris ma place accoutumée,

Et nous causons.

0 gens de bourse et de finance.

Gens plus sérieux qu'on ne pense,

Juifs ou chrétiens.

Que nous apprêterions à rire Si quelqu'un pouvait vous redire Nos entretiens!

Car notre ambition commune Ne fatigue pas la fortune

Et ses hasards; Nous buvons la vieille ambroisie Que nous versent la poésie

Et les beaux-arts I

C'est au commerce des géuies Que nos âmes se sont unies

D'un doux lieu, Et que béni soit leur empire, Si l'amour du beau nous ii)S[iire

L'amour du bien !

Là nous trouvons «ne patrie, Nous relevons, toute meurtrie,

La vérité ; Nous soulevons un coin du voile Qui nous cache encore une étoile^

L'humanité!

Oh! n'abaissons pas nos pensées; Tenons-les fièrement dressées

Vers les hauts lieux!

Nous nous sommes fait la promesse De respecter notre jeunesse,

Devenus vieux.

Mais, selon notre noble envie, Rendons confomne notre vie

A nos discours.

Va maintenant où Dieu t'envoie, Nous avons la moisson de joie

De nos vieux jours.

Vois, je ne répands plus de larmes; a vertu vient donner des armes A ma douleur;

Mon foyer ne sera pas vide, C'est là que ton âme réside ; Je n'ai plus peur.

C'est là que je te garde un temple ; Sois mon conseil et mon exemple,

Inspire-moi ; Et si tu reviens, je l'ignore, Puisses-tu me trouver encore

Digne de toi !

0 ma chambre silencieuse,

Le bruit qui vous faisait joyeuse

S'est endormi...

Mais, écoutez, soyez discrète, Demain nous célébrons la fêto

De notre ami!

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