‹ Chansons à direChapitre 8 sur 130 · LE BARBILLON ET LE BROCHET · texte numérisé non relu

LE BARBILLON ET LE BROCHET

La fable que je vais vous dire N'est pas pour les intelligents Qui trouvent dans les bonnes gens Un menu fretin bon h frire.

Certain barbillon, sans projet, Passait dans les zones profondes; Il aperçoit entre deux ondes Un ver de terre qui nageait.

Il n'avait pas vu la ficelle Qui tenait le pauvre captif; Il le mord et se sent au vif Piqué d'une pointe mortelle.

Le barbeau n'est pas étourdi Comme le goujon ou l'ablette; C'est une raison calme et nette.

Avec un sens approfondi.

Il existe même un adage, Bien connu dans tous les cours d'eau.

Qui dit : « Prudent comme un barbeau ; » Mais qui ne dit pas de quel âge.

Pourtant le nAtre avait mordu ; Sa jeunesse ôtait son excuse.

Il cherche une suprême ruse, Quoique blessé, quoique perdu.

Que faire? Rester immobile, Tromper quelque temps le pécheur.

Souffrir et cacher sa douleur ?

C'est ce qu'il fit... Soin inutile.

L'onde a ses rois et ses sujets;

Ses chasseurs sont toujours en cherche:

Elle a son épervier, la perche;

Elle a ses aigles, les brochets.

Un aigle... un brochet veux-je dire, Voit un poisson qui fait le mort.

« Bon, se dit-il, sans doute il dort, Ce citoyen de mon empire. »

Il entr'ouvre ses dents de fer, Prend ses mesures et s'éKince • Une gueule au bout d'une lance, Un gouffre sortant d'un éclair !

Le tout ne fit qu'une bouchée ; L'hameçon tenait au poisson, Et le poisson à l'hameçon :

La machine fut accrochée.

Le roi des eaux fit maint effort; Sa résistance fut sublime ; Mais entraîné par sa victime, Il fut amené sur le bord.

Ainsi se trouvent le^ extrêmes

Aux mêmes lois assujettis ;

Parfois, à croquer les petits,

Les grands se font crociuer eux-mêmes.

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