FLEURS, FRUITS ET LÉGUMES
L'étalage de la fruitière,
Ce matin, était des plus beaux :
Des Heurs, des fruits, et puis, derrière.
Des tas de légumes nouveaux.
J'aperçus un jeune lioiuiue imberbe Qui s'arrêtait, et qui bientôt Fit achat d'un bouquet superbe Qu'il Cdcha sous son paletot.
Pui.>, un monsieur à barbe blonde Bravement se fit octroyer Les plus belles fraises du monde, Qu'il emporta dans leur panier.
Enfin un bourgeois à gros ventre Vient après eux, verbe et front hauts, Longtemps marchande, sort, puis rentre.
Et part avec des artichauts.
Je pensai que ces personnages Pouvaient, pour de bonnes raisons.
Représenter dans ses trois âges La loi du caur et des saisons;
L'un, le printemps et l'espérance, L'autre, juillet avec l'amour, Et le dernier, la souvenance, Quand l'automne est sur le retour.
Et je me dis : Ce serait drùie, Si ces trois divers acheteurs Devaient jouer chacun un rôle Dans une pièce à quatre acteurs ;
Si ces fleurs, ces fruits, ces légumes Étaient pour la même... Mais non, Cela n'est pas dans nos coutumes; Et puis comment Je saurait-on?
J'aime mieux penser, au contraire, Que l'un était un fils chéri, Le second, un excellent frère, Et le troisième, uu bon mari.
ANACIIARSIS EN FRANCE
Anacharsis, ressuscité,
Voulut connaître un jour la France,
Pour juger du progrès immense
Qu'a dû faire l'humanité.
Que de bienfaits pour tant de peines I
Et cependant la Grèce... Athènes...
Avant d'arriver à Paris,
Il avait fait le tour du monde:
Il vit que la terre était ronde :
« Que nos pères sei'aient surpris I
Dit-il; l'antiquité radote... »
Et pourtant Platon.... Hérodote....
11 vit d'énormes monuments, Acropoles de l'industrie, Parthénons de cavalerie Où s'exercent les régiments.
Il vit des dieux faits sur modèle ; Mais Phidias... mais Praxitèle-)..
11 vit plus d'un peintre pareil Barbouiller des toiles étroites;
Un autre avait placé des boîtes Et laissait faire le soleil.
Le dieu du jour lui soit fidèle!
MaisParrhasius... mais Apelle...
Il suivit la Chambre et les cours, Il lut des colonnes de prose Disant toujours la même chose, Quoique paraissant tous les jours, Et des harangues par centaines. ' Mais Périclès... mais Démosthènes...
Au théâtre il allait le soir
Pour applaudir nos grands artistes ;
Il admirait les machinistes
Et cessait d'entendre pour voir.
La statue était sous le socle ;
Mais Euripide... mais Sophocle..
Il était sensib e aux douceurs
Des vers unis à la musique :
11 vit dans maint endroit lyrique
Que les deux sœurs ne sont plus sœurs.
« Je ne suis, dit-il, qu'un barbare :
Mais Auacréon... mais Pindare... »
Par-dessus tout il s'affola Des découvertes de notre âge.
« Être savant c'est être sage, Disait-il ; le progrès est là.
Tout foyer échauffe et dilate ; Mais Pythagore... mais Socrate... »
« Eh bien, se dit Anacbai-sis,
Le monde est-il meilleur ? Peut-être.
Pour eu juger, il faudi*ait naître
lit n'avoir pas vécu jadis.
Pout va, tout marche, tout progresse.
.Mais la jeunesse... la jeunesse J... »