Chansons
Lorsquen 1841 je fis paraître un volume de poésies , je chantais le soir pour me délasser des travaux de la journée. Depuis j'ai publié deux recueils de chansons , dont quelquesunes ont obtenu du public un accueil quil ne m'était pas permis d'espérer. Je compris alors que, même en chantant pour moi , je pourrais peut-être aussi chanter pour les autres.
Ouvrier comme mon père, mes refrains trouvaient de l'écho dans le cœur du peuple. J'eus la pensée de composer, sous le titre de Chansons populaires , une série de petits poèmes, dans le but de donner à l'ouvrier les conseils d'un ami et d'élever son âme en y fortifiant les sentiments les plus sacrés : l'amour de Dieu , de la patrie , de la fcimille , et partant de l'humanité.
L'ouvrier ne lit pas les vers , il les chante. Le couplet , quand il est franc et simple comme son langage, est la poésie du peuple.
Je regrette de ne pouvoir exprimer ici toute ma gratitude aux hommes de cœur qui, depuis quelques années, et dans diverses circonstances , ont daigné me donner tant de preuves d'estime et d'affection.
La natur^ des sujets que je traite révèle le secret de leur sympathie.
Quelque faible que soit ma plume , elle est libre. Elle n'a jamais attaqué personne ; quand parfois elle a dû me défendre, elle la fait sans hésiter, franchement et sans fiel.
Je ne flatte pas l'ouvrier, je l'aime : si j'exalte ses vertus, je sais aussi flétrir ses vices. Puissent mes vers, en développant ses bons instincts, le consoler quelquefois dans ses mauvais jours.
Heureux dans la position que Dieu m'a faite , je vis en dehors des agitations du monde et chante avec indépendance au coin du feu. Je n'occupe qu'une place bien humble dans la littérature, mais jamais le désir de briller ne me fera subir les exigences des partis, le joug des coteries, qui trop souvent entraînent ou compriment les convictions personnelles.
Que la poésie soit l'expression de la vérité : qu'elle entre dans la vie réelle, si elle veut être utile! Sa véritable grandeur aujourd'hui , c'est sa moralité. Qu'elle éclaire les esprits qui s'égarent en ces temps de luttes et d'aspirations vers rinconnu : voilà sa mission.
On ne dira pas en parcourant ce livre : •* Ce sont les chansons d'un grand poète ; " j'espère qu'on pourra dire : •» Ce sont les chansons d'un honnête homme. «
Mons, Dt'cembre 1851.