A MON AMI BERTRAM
(EUGÈNE LANDOY.)
« A l'anonyme d'Oslende. qui n.e demande combien j ai reçu de M. Frère pour
• mes « fl;i?orneries t : Autant que de la rommune ostendaise pour mes clironiques » sur Ostende ol pour la rouscriplion ouverte par moi en faveur des victimes du
• dernier désastre maritime.
Bertram » OfTice de Publicilé, 31 Juillet I86i. »
Air du Carnaval. — 9.
Un anonyme , envieux ou morose ,
De ta médaille a montré le revers ;
Mon cher ami , tu t'enrichis en prose ,
Ijorsque toujours je m'appauvris en vers.
En dissipant une rumeur sinistre ,
Qu'une chanson vienne nous égayer :
Mon cher Bertram , pour flatter un ministre ,
C'est à prix d'or qu'on a dû te payer.
Je sais enfin comment tu deviens riche , Toi que j'ai cru l'apùtre du devoir ; La houppelande où ta vertu s'aflîche , Cache en ses })lis les faveurs du pouvoir. Des tout petits toi qui prends la défense , Ange gardien du plus pauvre foyer , Ah ! pour ouvrir des crèches à l'enfance , C'est ;\ prix d'or (^l'on a dû te payer.
Une autre fois manœuvre avec adresse :
Entre eux , tout bas , les sots se font un jeu
De dénigrer les hommes de la Presse , Qui donnent tant et demandent si peu.
Des songe-creux loin d'allonger la liste , A l'agio fti pouvais t'essayer ; Mon cher Bertram , pour rester journaliste , C'est à prix d'or qu'on a dû te payer.
Mon vieil ami , tu serais un autre homme , Nos droits sacrés étant par toi trahis , Si tu plaçais les intérêts de Rome Bien au-dessus du drapeau du pays.
La vérité dans ton cœur trouve asile : Dis à combien lui revient son loyer? Mon cher Bertram , pour flageller Basile , C'est à prix dor qu'on a dû te payer.
Ton anonyme , au fond de sa cachette , Semble un Jocrisse envieux de Judas.
Il est des gens qui croient que tout s'achète, Et pour lesquels l'honneur n'existe pas. La même honte aujourd'hui nous rassemble ; Tu chantas Frère et j'ai chanté Rogier : Ami , comptons et partageons ensemble , C'est à prix d'or qu'on a dû nous payer.
Mous . 5 Août 1864.