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LE BANQUET

Musique de l auteur. — 04.

Grâce à ma muse vagabonde , A cette table où tout abonde Du globe où nous nous coudoyons Je vois les révolutions.

Armé d'une faim dévorante , J'attendis une heure ; et l'attente Pour l'estomac , gouffre béant , C'est le vide , c'est le néant.

Pour moi tout se métamorphose A ce banquet que l'on arrose D'un vin généreux et vermeil , Fils de la terre et du soleil.

Voici l'huître qui me rappelle

Dans la nature encor rebelle

Les rochers battus par les flots ,

Un monde surgi du chaos.

Des fleurs, des fruits chargent la table

Près du potage confortable ;

Leurs parfums semblent le trésor

Du cœur de l'homme k Tàge d'or.

Pour moi tout se métamorphose , etc.

Viennent les viandes succulentes Qui laissent des traces saniîlantes ; C'est la guerre et l'œuvre de sang :

Loin de frrnndir , l'homme descend !

Entre les plats le vin qui passe , C'est un esprit qui dans l'espace Eclaire le sombre chemin Où se traîne le genre humain.

Pour moi tout se métamorphose , etc.

Au dessert le passé s'oublie :

Vivent le vin et la folie !

On trinque , on s'anime et bientôt Les convives pensent tout haut.

Je vois , en buvant lé Champagne , Le présent qui bat la campagne...

Hélas ! sans faire de faux pas , Les hommes n'avanceraient pas.

Tout me paraît couleur de rose A ce banquet , etc.

Vient le café , divin breuvage , Fruit que cultive l'esclavage ; Par lui le cerveau transporté , Rêve pour tous la liberté !

Le bien ressort du mal lui-même...

Au petit verre comme on s'aime !

On s'embrasse avant de finir : C'est l'âge d'or de l'avenir.

Tout me paraît couleur de rose A ce banquet que l'on arrose D'un vin généreux et vermeil , Fils de la terre et du soleil.

Mai 18 55.

MON i>01ITRAlT.

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