LE REVENANT
Air : Maman, ce p'tit bateau qui va sur l'êm. — i:
Du ciel j'ai pris congé ,
Mou protégé.
Pour voir ce monde ; 0 surprise profonde !
Je n'y trouve rien de cliangé.
C'est mon ange gardien , Notre soutien Sur cette terre ; 0 suprême mystère !
L'ange parle ! — Écoutons-le bien :
— Du ciel, etc.
J'y vois des sols puissants
Qu'aux vrais talents
Chacun préfère.
Le monde de sa sphère Semble proscrire le bon sens.
— Du ciel, etc.
Le pauvre honnête , hélas î Passe ici-bas Comme un infâme , Mais le Crésus sans âme Est abordé le chapeau bas.
— Du ciel, etc.
Mainte Piifant , qu'un beau jour
Pour ce séjour
Dieu fit jolie, Par le luxe avilie, Va prostituer son amour.
— Du ciel, etc.
Et l'homme imberbe encor.
Grand esprit fort, A lame impure, En cherchant sa future Veut moins de lamour que de l'or.
— Du ciel, etc.
Le grand, le verre en main, A l'humble humain Promet merveille :
Sa bonté de la veille, Il en rougit le lendemain.
— Du ciel, etc.
L'homme croit au progrès,
A ses succès,
A sa lumière.
Mais , s'il quitte une ornière , Celle qu'il creuse est tout auprès.
— Du ciel , etc.
Mesurant ici-bas
A son compas
Le divin Etre, L'homme veut tout connaître... Et l'homme ne se connaît pas.
— Du ciel, etc.
Enfin lange aux doux yeux Tout radieux.
Ouvrit son aîle ,
Et sa voix éternelle Répéta ces mots pour adieux :
— Du ciel, j'ai pris congé.
Mon protégé.
Pour \oir ce monde ; 0 tristesse profonde î Je n'y trouve rien de clian<;e
oo
CHANTEZ, PETITS OISPLU'X
Air d'Yelva. — is.
Petits oiseaux, dans ce bois solitaire Mon seul aspect vous cause un triste émoi : Le ciel est pur, chantez : pourquoi vous taire? Petits oiseaux, n'ayez pas peur de moi. Pour vous , hélas ! bardes au doux ramage , Comme pour l'homme il est de mauvais jours. Petits oiseaux, chantez sous le feuillage. Je veux passer sans troubler vos amours.
Aux doux accents de votre voix chérie.
Vous réveillez l'oiseau sous tous les cieux; Le monde entier, voilà votre patrie :
Tous vos pareils sont frères à vos yeux. Et chaque peuple inventa son langage : Les hommes sont divisés pour toujours.
Petits oiseaux, etc.
Loin des plaisirs et des clameurs du monde. Lorsque l'amour vient aussi me charmer.
Dieu me sourit, dans sa bonté profonde, Car le bon. Dieu créa tout pour aimer. Triste et jaloux, que le prétendu sage Blâme nos jeux dans de sombres discours. Petits oiseaux, etc.
Chaque beau jour, ô ravissants atomes.
Vous voit gaîment prendre vos longs ébats ;
{bis,)
Votre cerveau, comme celui des hommes, En raisonnant ne déraisonne pas.
Sans voir le but où tend votre voyage. En vous aimant vous en suivez le cours. Petits oiseaux, chantez sous le feuillage. Je veux passer sans troubler vos amours.