ADOLPHE ROUSSEL, A LOUVAIN
Air des Trois Couleurs. — 30
Louvain est libre ! — Un soldat sans défense ,
Un Hollandais, prisonnier impuissant,
Est mutilé par la foule en démence
Qui , l'œil hagard , se vautre dans son sang !
Roussel accourt, et, bravant la mort même.
Crie, en montrant un chêne aux verts rameaux :
'• 0 Liberté, sous ton arbre suprême
•• Tu ne veux pas (bis) abriter des bourreaux ! ^
" Fuyez cet arbre : il appelle l'orage
" Sur l'assassin ! Monstres , retirez-vous !
•' Sous ce haut chêne, au vigoureux feuillage,
•• La Liberté pourrait vous broyer tous !
•' N'approchez 'plus de son antique emblème :
•' Il fut, hier, planté par des héros.
" 0 Liberté, sous ton arbre suprême
V Tu ne veux pas abriter des bourreaux ! "
" Pauvre étranger! — Pour trouver tant de charmes
" A le frapper déjà mort à demi,
" Qu'avait-il foit? — Un ennemi sans armes
" Pour un soldat n'est plus un ennemi.
" Vous , des soldats , des soldats ! quel blasphème !
'♦ Vous nous feriez rougir de nos sarraus !
'' 0 Liberté, sous ton arbre suprême
M Tu no veux pas abriter des bourreaux î ^
Sublime instant ! — Bien que des cris de haine
Autour de lui retentissent partout,
La hache en main, Roussel abat le chêne :
Il est tombé ; Roussel seul est debout !
Au loin la foule est dans un trouble extrême :
L arbre, en couvrant le cadavre en lambeaux,
Semblait lui dire en sa chute suprême :
" Je ne veux pas abriter des bourreaux ! ^
Quand vint la nuit, tous ces êtres infâmes Qui lâchement avaient donné la mort.
Dans leur sommeil , hommes , enfants et femmes , Fuyaient, hideux, les rêves du remord.
Sanglants échos d'un sanglant anathème, Les bois, les prés, les vallons, les coteaux. Tout répétait, comme larbre suprême : •'Je ne veux pas abriter des bourreaux I -