‹ ChansonsChapitre 81 sur 216 · A BENOIT QUINET · texte numérisé non relu

A BENOIT QUINET

Air des Trois Couleurs. — 35.

C'est l'Italie !... hirondelle légère.

D'un sol plus froid l'automne te bannit : Tu vas toucher à l'Éden de la terre : Dieu ! le canon vient d'v briser ton nid. Tu viens de loin et tout endolorie, Tu renaissais sous un ciel radieux ; Console-toi, le monde est ta patrie!...

— Le pauvre oiseau (bis) volait vers d'autres cieux.

C'est ribérie et ses riches campagnes.

Petit oiseau , vois ses fleurs , ses fruits d'or ;

Repose-toi sous l'azur des Espagnes...

Eh quoi ! du sang... partout du sang encor !

Guerre civile, au bûcher fanatique.

Pourquoi viens-tu succéder en ces lieux ?

Le doigt de Dieu montre encor l'Amérique !

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.

C'est l'Allemagne ! . . . Un destin plus tranquille ,

Petit oiseau, t'attend de ce coté.

Quoi ! le Germain , si longtemps immobile ,

Brise ses fers au grand cri d'unité.

De ce mot saint un Dieu s'est fait l'apotre ;

Mais à la voix des czars, ces demi-dieux.

Les Allemands s'arment l'un contre l'autre ..

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.

C'est TAngleterre , une noble retraite ;

Ses hauts barons, des noirs aux bras sanglants,

Par un décret abolissent la traite :

C'est bien assez de la traite des blancs.

Sa liberté, liberté de commande.

Rude aux petits, douce aux lords orgueilleux.

Tu la connais, ô peuple de l'Irlande!...

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.

La France enfin... C'est la France héroïque, Libre à l'abri de nouveaux étendards.

Libre! qui sait, hélas? — sa République Semble un coursier tout prêt pour les Césars. France , ton sang doit-il couler sans cesse Pour n'arroser qu'un cercle vicieux?...

Peuple chinois , serais-tu la sagesse ?

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.

Non, l'homme marche et l'univers enfante.

De ce volcan de pleurs, de sang, de feu,

La Liberté sortira triomphante :

La Liberté, c'est la cause de Dieu.

Fille du ciel, cette vierge féconde.

Peuples souffrants , pour s'offrir à vos yeux ,

Vient de choisir un petit coin du monde...

— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.

L'oiseau volait , faible et l'aile meurtrie ; Ce coin de terre il le cherchait encor... Mais le voih\ planant sur ma patrie :

La Liberté sourit îl son essor.

Il hésitait : — l'hiver allait paraître : — Quand une femme, un ange gracieux, En l'appelant entrouvrit sa fenêtre ; Le pauvre oiseau s'abrita sous nos cieux.

Novembre 1S48.

Page 1