A BENOIT QUINET
Air des Trois Couleurs. — 35.
C'est l'Italie !... hirondelle légère.
D'un sol plus froid l'automne te bannit : Tu vas toucher à l'Éden de la terre : Dieu ! le canon vient d'v briser ton nid. Tu viens de loin et tout endolorie, Tu renaissais sous un ciel radieux ; Console-toi, le monde est ta patrie!...
— Le pauvre oiseau (bis) volait vers d'autres cieux.
C'est ribérie et ses riches campagnes.
Petit oiseau , vois ses fleurs , ses fruits d'or ;
Repose-toi sous l'azur des Espagnes...
Eh quoi ! du sang... partout du sang encor !
Guerre civile, au bûcher fanatique.
Pourquoi viens-tu succéder en ces lieux ?
Le doigt de Dieu montre encor l'Amérique !
— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.
C'est l'Allemagne ! . . . Un destin plus tranquille ,
Petit oiseau, t'attend de ce coté.
Quoi ! le Germain , si longtemps immobile ,
Brise ses fers au grand cri d'unité.
De ce mot saint un Dieu s'est fait l'apotre ;
Mais à la voix des czars, ces demi-dieux.
Les Allemands s'arment l'un contre l'autre ..
— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.
C'est TAngleterre , une noble retraite ;
Ses hauts barons, des noirs aux bras sanglants,
Par un décret abolissent la traite :
C'est bien assez de la traite des blancs.
Sa liberté, liberté de commande.
Rude aux petits, douce aux lords orgueilleux.
Tu la connais, ô peuple de l'Irlande!...
— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.
La France enfin... C'est la France héroïque, Libre à l'abri de nouveaux étendards.
Libre! qui sait, hélas? — sa République Semble un coursier tout prêt pour les Césars. France , ton sang doit-il couler sans cesse Pour n'arroser qu'un cercle vicieux?...
Peuple chinois , serais-tu la sagesse ?
— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.
Non, l'homme marche et l'univers enfante.
De ce volcan de pleurs, de sang, de feu,
La Liberté sortira triomphante :
La Liberté, c'est la cause de Dieu.
Fille du ciel, cette vierge féconde.
Peuples souffrants , pour s'offrir à vos yeux ,
Vient de choisir un petit coin du monde...
— Le pauvre oiseau volait vers d'autres cieux.
L'oiseau volait , faible et l'aile meurtrie ; Ce coin de terre il le cherchait encor... Mais le voih\ planant sur ma patrie :
La Liberté sourit îl son essor.
Il hésitait : — l'hiver allait paraître : — Quand une femme, un ange gracieux, En l'appelant entrouvrit sa fenêtre ; Le pauvre oiseau s'abrita sous nos cieux.
Novembre 1S48.