LE BON & LE MAUVAIS RICHE
Air des Louis d'or. — 60.
Au-dessus de tous le ciel brille :
Dieu l'ouvre tout large aux petits.
Mais cest par le trou d'une aiguille Que les grands vont en paradis.
Ouvrier, prêchons la sagesse.
Injustement ne frappons pas :
C'est un poids lourd que la richesse Pour qui croit au ciel ici-bas.
L'homme passe et Dieu le regarde.
Agissons tous selon son vœu :
Dans le salon ou la mansarde Les justes sont enfants de Dieu !
Tenez, voilà le mauvais riche :
Crésus au vieil habit râpé, Il spécule, brocante et triche, Toujours fripon, jamais dupé; Son dieu , c'est la bourse qu'il cache ; Il est si dur pour l'indigent !
Tous les ans pour vivre il s'arrache.
Sou par sou, quelque peu d'argent.
Il meurt : son fils jamais ne compte Un or qui lui coûte si peu ; Mais il l'engloutit dans la honte...
Ces riches sont maudits de Dieu !
Place au riche en grand équipage Avec ses laquais galonnés.
Au sein dun fastueux tapage
S'il entend Dieu qui dit : - Donnez î -^
Homme, il comprend que sur la terre
De son magnifique trésor
Il nest que le dépositaire
Et qu'il doit faire rouler l'or.
Son or, c'est pour le pauvre monde
Le pain , la lumière et le feu ;
C'est une source qui féconde :
Ce riche est un enfant de Dieu!
Veut-on coml)ler l'immense abîme Qu'ouvrent les révolutions.
Réaliser un vœu sulilime :
La sainte paix des nations ^ Partout que le riche dépense Avec honneur son revenu :
Le pain arrive en abondance , 11 n'est plus un seul pauvre nu.
Plus de misère, plus de haine :
Le travail seul règne en ce lieu :
De l'amour nous formons la chaine ; Les hommes sont enli\nts de Dieu !
Décembre 1851.