‹ ChansonsChapitre 93 sur 216 · NUL NE DOIT ROUGIR DE SON PERE · texte numérisé non relu

NUL NE DOIT ROUGIR DE SON PERE

AïK (le la Sentinelle. — 3i.

•' Jacques , vois donc : l'air triste , Tœil hagard , Dans son sarrau, c'est ton père qui passe. Quoi ! pas un mot , un geste , un seul regard : Ton bel habit te fait un cœur de glace !

Te voilà, grâce à ton savoir.

Sous-chef dune école primaire.

Je te rappelle à ton devoir :

Ah ! déchire ton habit noir

S'il t empêche d'aimer ton père.

Ton vieux père !

'• J'ai bien le droit de te parler ainsi : Ne suis-je pas ton vieux maître d'école? Quand tes parents t'ont fait instruire ici , Du pauvre, hélas! ils m'apportaient l'obole. Ils me disaient d'un ton si doux, Lorsqu'ils me donnaient mon salaire :

— " Notre cher fils sera , par vous , Plus riche et plus heureux que nous ! -

— " Ingrat! tu rougis de ton père,

De ton père !

^- Ta mère meurt; pour toi ton père, un jour. Ne pouvait plus payer, dans sa détresse. — Je l'instruirai, lui dis-je, avec amour : Jacques sera l'appui de ta vieillesse. — Mais il n'obtient que ton mépris :

En qui faut-il donc qu'il espère i

IG

De tant de soins voilà le prix :

Ingrat , t'ai-je jamais appris A rougir ainsi de ton père , De ton père ?

" Jacqu^, en pensant à ce digne ouvrier. Quand tu rougis , ah ! rougis de toi-même . Si son langage est un patois grossier.

Il est divin pour te dire : Je taime ! La loi sublime du chrétien Dans chaque homme te montre un frère.

C est ton père , songes-y. Lien :

Pauvre , il sait être homme de bien , Et tu ne chéris pas ton père , Ton vieux père !

" Ta mission , bien qu'on l'honore peu , Est haute et sainte, apprends à le connaître L'instituteur est aux yeux du bon Dieu , 0 fils ingrat , presqu'au niveau du prêtre ! Soyons purs, nous qui sommes grands :

Grandeur oblige sur la terre ; Soyons moraux plus que savants :

Nul n'instruira bien les enfants.

S'il n'est pas béni de son père, De son père !

" Pour t'éclairer à la voix du remord , C'est de là-haut ta mère qui m'inspire. Ton père est vieux... A l'heure de la mort, Malheureux fils , s'il allait te maudire ! On nous voit du ciel radieux.

Juge des tourments de ta mère :

Au sein de la splendeur des cieux , Des larmes coulent de ses yeux, Lorsque tu rougis de ton père.

De ton père !

— Mais Jacques pleure... Et son maître aussitôt Se (lit : " Les pleurs ont sauvé Madeleine ! m Soudain il sort, il s'élance, et bientôt Suivi d'un homme il revient hors d'haleine. Jacquey à genoux , tremblant d'émoi , S'écrie , en sa tristesse amère :

'' 0 mon père , pardonne-moi ! ^ Uliomme répond : » Jacques , tais-toi , « Et viens dans les bras de ton père, " De ton père ! ^

Janvier 1850.

^[OX KTAU.

Aiu : Mon Ut, mon lit, mon pauvre lit. — -9.

Ne ùiso pas, mon vieil étau :

Le sort nous rassemble.

Travaillons ensemble.

Sous ma lime et sous mon marteau , Ne ruse pas, mon vieil étau :

Tu servis longtemps à mon père Et semblés faiblir aujourcVhui ; Tu me resteras, je l'espère :

Quand je te vois, je pense à lui ! T aurais-je blessé par raégarde ^ Je te chéris... et cependant Parfois, quand nul ne nous regarde.

Moi je pleure en te regardant !

Ne Tuse pas, etc.

.1//7 huit coit fin (Il esî une date <^ue mon père grava sur toi :

Te voilà donc, je le constate.

De quatre ans plus jeune que m(»i.

Mon père, bras et cœur délite.

Sur toi s'escrimait en chantant :

Il t'a donc fait vieillir bien vite ^ Pauvre père, il ti-availlait tant!...

Ne t'use pas, etc.

Comme il se plaisait à me dire Ces airs qu'il n'a pas assez dits :

Vigoureux refrains de l'Empire Et doux refrains de son pays !

Guidant l'outil d'une main sure , Sa voix se réglait sur tes sons ; Au bruit de ta franche mesure Je crois entendre ses chansons !

Pan pan, pan pan, etc.

Notre mission n'est pas mince :

Pour notre labeur journalier.

Baron, comte, marquis et prince S'empressent à notre atelier.

Ils ont, aux grands jours de tapage Chasseurs que le cor appela.

Coursier, chiens, piqueur, équipage.

Je te préfère à tout cela î

Ne t'use pas, etc.

Mon père t'aimait et je t'aime.

Tu sais mes rêves d'avenir, Et m'apportes ce bien suprême Qu'on appelle le souvenir.

Ami , que ta vigueur renaisse !

Tu sus , en tes jours triomphants , Gagner le pain de ma jeunesse :

Gagne celui de mes enfants !

Ne t'use pas, etc.

Laissons l'ambitieux avide.

Peu jaloux d'être homme de bien , Au sein de l'océan du vide Voguer vers quelqu'immense rien !

Comme aux bords la vague profonde Se brise et retombe à la mer.

Le flot des vanités du monde Se brise sur ton pied de fer.

Ne t'use pas, mon vieil étau :

Le sort nous rassemble,

Travaillons ensemble.

Sous ma lime et sous mon marteau, Ne t'use pas, mon vieil étau î

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