NUL NE DOIT ROUGIR DE SON PERE
AïK (le la Sentinelle. — 3i.
•' Jacques , vois donc : l'air triste , Tœil hagard , Dans son sarrau, c'est ton père qui passe. Quoi ! pas un mot , un geste , un seul regard : Ton bel habit te fait un cœur de glace !
Te voilà, grâce à ton savoir.
Sous-chef dune école primaire.
Je te rappelle à ton devoir :
Ah ! déchire ton habit noir
S'il t empêche d'aimer ton père.
Ton vieux père !
'• J'ai bien le droit de te parler ainsi : Ne suis-je pas ton vieux maître d'école? Quand tes parents t'ont fait instruire ici , Du pauvre, hélas! ils m'apportaient l'obole. Ils me disaient d'un ton si doux, Lorsqu'ils me donnaient mon salaire :
— " Notre cher fils sera , par vous , Plus riche et plus heureux que nous ! -
— " Ingrat! tu rougis de ton père,
De ton père !
^- Ta mère meurt; pour toi ton père, un jour. Ne pouvait plus payer, dans sa détresse. — Je l'instruirai, lui dis-je, avec amour : Jacques sera l'appui de ta vieillesse. — Mais il n'obtient que ton mépris :
En qui faut-il donc qu'il espère i
IG
De tant de soins voilà le prix :
Ingrat , t'ai-je jamais appris A rougir ainsi de ton père , De ton père ?
" Jacqu^, en pensant à ce digne ouvrier. Quand tu rougis , ah ! rougis de toi-même . Si son langage est un patois grossier.
Il est divin pour te dire : Je taime ! La loi sublime du chrétien Dans chaque homme te montre un frère.
C est ton père , songes-y. Lien :
Pauvre , il sait être homme de bien , Et tu ne chéris pas ton père , Ton vieux père !
" Ta mission , bien qu'on l'honore peu , Est haute et sainte, apprends à le connaître L'instituteur est aux yeux du bon Dieu , 0 fils ingrat , presqu'au niveau du prêtre ! Soyons purs, nous qui sommes grands :
Grandeur oblige sur la terre ; Soyons moraux plus que savants :
Nul n'instruira bien les enfants.
S'il n'est pas béni de son père, De son père !
" Pour t'éclairer à la voix du remord , C'est de là-haut ta mère qui m'inspire. Ton père est vieux... A l'heure de la mort, Malheureux fils , s'il allait te maudire ! On nous voit du ciel radieux.
Juge des tourments de ta mère :
Au sein de la splendeur des cieux , Des larmes coulent de ses yeux, Lorsque tu rougis de ton père.
De ton père !
— Mais Jacques pleure... Et son maître aussitôt Se (lit : " Les pleurs ont sauvé Madeleine ! m Soudain il sort, il s'élance, et bientôt Suivi d'un homme il revient hors d'haleine. Jacquey à genoux , tremblant d'émoi , S'écrie , en sa tristesse amère :
'' 0 mon père , pardonne-moi ! ^ Uliomme répond : » Jacques , tais-toi , « Et viens dans les bras de ton père, " De ton père ! ^
Janvier 1850.
^[OX KTAU.
Aiu : Mon Ut, mon lit, mon pauvre lit. — -9.
Ne ùiso pas, mon vieil étau :
Le sort nous rassemble.
Travaillons ensemble.
Sous ma lime et sous mon marteau , Ne ruse pas, mon vieil étau :
Tu servis longtemps à mon père Et semblés faiblir aujourcVhui ; Tu me resteras, je l'espère :
Quand je te vois, je pense à lui ! T aurais-je blessé par raégarde ^ Je te chéris... et cependant Parfois, quand nul ne nous regarde.
Moi je pleure en te regardant !
Ne Tuse pas, etc.
.1//7 huit coit fin (Il esî une date <^ue mon père grava sur toi :
Te voilà donc, je le constate.
De quatre ans plus jeune que m(»i.
Mon père, bras et cœur délite.
Sur toi s'escrimait en chantant :
Il t'a donc fait vieillir bien vite ^ Pauvre père, il ti-availlait tant!...
Ne t'use pas, etc.
Comme il se plaisait à me dire Ces airs qu'il n'a pas assez dits :
Vigoureux refrains de l'Empire Et doux refrains de son pays !
Guidant l'outil d'une main sure , Sa voix se réglait sur tes sons ; Au bruit de ta franche mesure Je crois entendre ses chansons !
Pan pan, pan pan, etc.
Notre mission n'est pas mince :
Pour notre labeur journalier.
Baron, comte, marquis et prince S'empressent à notre atelier.
Ils ont, aux grands jours de tapage Chasseurs que le cor appela.
Coursier, chiens, piqueur, équipage.
Je te préfère à tout cela î
Ne t'use pas, etc.
Mon père t'aimait et je t'aime.
Tu sais mes rêves d'avenir, Et m'apportes ce bien suprême Qu'on appelle le souvenir.
Ami , que ta vigueur renaisse !
Tu sus , en tes jours triomphants , Gagner le pain de ma jeunesse :
Gagne celui de mes enfants !
Ne t'use pas, etc.
Laissons l'ambitieux avide.
Peu jaloux d'être homme de bien , Au sein de l'océan du vide Voguer vers quelqu'immense rien !
Comme aux bords la vague profonde Se brise et retombe à la mer.
Le flot des vanités du monde Se brise sur ton pied de fer.
Ne t'use pas, mon vieil étau :
Le sort nous rassemble,
Travaillons ensemble.
Sous ma lime et sous mon marteau, Ne t'use pas, mon vieil étau î