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Mi-Carcme 91
Je tiens, de source très certaine, D'un Pierrot que j'ai fait jaser, Qu'on est en train d'organiser Pour la Mi-carême prochaine, La grande mascarade humaine.
Et je sais que les principaux Attraits de cette mascarade, Seront dans une cavalcade Où six des péchés capitaux, Serviront de chars aux Pierrots Chargés de faire la parade.
Dans la première carrossée Symbolisant l'Orgueil des sots.
On verra pitres et cabots, Tous ces Pierrots de la pensée, Surszir d'une outre crevassée.
A la suite viendront deux chars Faits de conscience élastique, Les chars d'Avarice cynique Et d'Envie érigeant des dards Portant tous les Pierrots braillards De Finance et de Politique.
Puis défileront deux voitures,
Dont le fantastique ornement
Sera fait d'un assortiment
De toutes les caricatures
Des Gourmandises et Luxures;
Et s'élèveront dans les airs
De lubriques chansons de fête
Sanctifiant l'humaine bête,
De ces carrosses faits de chairs
Où paraîtront, nus comme vers.
Tous les vieux Pierrots en retraite
Puis viendra le char de Colère Fait d'un volcan prêt à s'ouvrir, D'où soudain l'on verra jaiUir, Vociférant des cris de guerre, Tous les Pierrots de la misère ;
Mi'Carême 93
Et sur un carrosse escorté Par les innombrables milices Des peccadilles et caprices Trônera dans sa majesté, Au-dessus de l'humanité, La Paresse, reine des Vices.
MANUEL, éditeur, rue Joubert, 33.
CIIAXSOX GALAXTE
A Ernest Chehroiix.
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95 Chayisons chimériques
Dans un bois du pays bleu, Je rencontrai l'enfant Dieu
Qui partait en chasse ; Curieux de voir comment Chasse le blond garnement,
Je suivis sa trace.
Et je vis le galopin S'engager dans un chemin
Empli de cachettes, Où, pour être en tapinois Le plus loin de son carquois,
Vont les amourettes.
Chanson galante 97
Et je vis le Dieu malin Tirer sans bruit un engin
De sa carnassière; C'était un coquet miroir Qu'il fit aussitôt mouvoir
En pleine lumière.
Et je vis le petit Dieu Continuer de son jeu
L'habile manège, Et disposer avec soin Dans un mystérieux coin
Un solide piège.
Et tandis que le bambin, Du miroir tirait le fin
Cordonnet de soie, Les amourettes du bois Devenaient du Dieu matois,
La vivante proie.
Belle, voulez-vous savoir Ce qu'il fut permis de voir-
Lors comme merveille ?
Ne vous effarouchez pas, Je vais le dire tout bas,
Bas à votre oreille.
Le miroir aux mille feux, Belle, était fait de vos yeux
Aux lueurs stellaires.
Et le cordonnet subtil Etait fait du plus long cil
Pris à vos paupières.
On aurait en vain cherché Le piège : il était caché
Sous votre sourire.
Vos dents en formaient l'étau Et Cupidon pour appeau
Prenait votre rire.
LANGLOIS, éditeur, rue des Petits-Champs, 48.