‹ Chansons chimériquesChapitre 44 sur 48 · FÊTE DES MORTS · texte numérisé non relu

FÊTE DES MORTS

Moderato

A Maurice Lefèvre.

Do/ce

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AuJ'ond (l'un vieux coffret em

De <le. pouil-les .de tou - te;

sor . tes, J ai syiii. tc.ineiit en, se . v«i.

Lt'h les . tt's (le iiifs. d.niour.s.

Chansojis chimériques

mor - tes, El par an, je con-sa.cre un

jour, Se . Ion les n - tes de 1'

- gli se, A so . len ni . ser a ma

h r p f I f J' J^^UU'4^^

gui - se La "l'è .te deSiMorts"de l'a-inour

Fêle des Morts 209

Au fond d'un vieux coffret empli

De dépouilles de toutes sortes,

J*ai saintement enseveli

Les restes de mes amours mortes,

Et par an, je consacre un jour.

Selon les rites de l'église,

A solenniser à ma guise

La a fête des Morts » de l'amour.

Et solitaire en mon logis,

Devant mon vieux coffret que j'ouvre,

Tombeau des amoureux débris,

Pieusement je me découvre ;

Puis, de mes pleurs prompts à jaillir,

Dévotieusement j'arrose

L'étroite fosse où je dépose

Les pâles fleurs du souvenir.

210 Chcinsons Chimériques

Hier, j'ai rempli ce doux devoir

Et j'ai vu dans leur sépulture,

Le plus vieux blanc, le moins vieux noir,

Deux gants de petite pointure;

Et tristement j'ai revécu,

En quelques trop brèves minutes,

Tout un temps d'amoureuses luttes

Où l'amour est tombé vaincu.

Et le gant blanc m'a rappelé L'aube blanche de la journée Où les sens pris, le cœur troublé, La plus chère à moi s'est donnée.

Et, chose étrange, il m'a semblé Que la main de cette maîtresse, Frôlait, frôlait d'une caresse Mon visage de pleurs voilé.

Et le gant noir m'a rappelé La nuit, où prenant sa volée, Les sens brisés, le cœur brûlé, La plus chère s'en est allée.

Fête des Morts 21 1

Et, chose étrange, il m'a semblé Que la main de cette maîtresse, Comme en des griffes de tigresse, Broyait mon cœur inconsolé.

Et j'ai fermé mon vieux coffret Plein des reliques des absentes, Songeant que tout est fait, défait, Par d'autres mains toutes-puissantes, Les mains pesantes des destins, Tantôt douces, tantôt cruelles, Qui tirent, cassent les ficelles Dont les hommes sont les pantins.

MANUEL, éditeur, rue Joubcrt, 33.

NOÈL DE PIERROT

A Edmond LepeUetier .

Antlanlido

C\->t nuit d.. De

J^^J, J. I JiJliJLja

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IVrtifl, C.if en iii.uiit fH.dii'it De Sa xuii^uc

Y?,^" ; j' j' j^ ji j> I j' j' l' i. JOB

Cest nuit de décembre, Pierrot dans sa chambre Est transi de froid ; Car en maint endroit De sa souquenille, Le pâle bon drille Peut passer le doigt.

Ni flamme qui brille, Ni bois qui pétille; Vide est le chenet, Vide est le gousset Et vide est la panse De Pierrot qui danse Devant le buffet.

Noël de Pierrot 215

Et Pierrot rumine Q,ue qui rêve dîne, De bon appétit, Chez rtiôte Crédit; Et Pierrot se couche, Dort comme une souche.

Au creux de son lit.

De leurs triples croches Voilà que des cloches Font vibrer le ciel.

A leur clair appel Pierrot se réveille Et prête l'oreille :

Noël, c'est Noël !

Noël ! clament-elles Aux croyants fidèles.

En route au Saint-lieu Pour adorer Dieu.

Noël ! c'est la joie !

Noël ! qu'on festoie !

Et qu'on prie un peu !

Et dans sa débine, Fait la grise mine A ce carillon, Pierrot sans billon Qui se désespère De ne pouvoir faire Moindre réveillon.

Carillon s'achève.

Lors Pierrot se lève, Enfile ses bas, Et sans embarras Court chez sa voisine, Gente Colombine, Lui chanter tout bas :

«c Ma chandelle est morte.

-Ouvre-moi ta porte, Je n'ai plus de feu Et pas même un peu De bois qui charbonne; Ouvre-moi, mignonne, Pour l'amour de Dieu. »

Noël de Pierrot

Lors la jouvencelle, Bonne autant que belle, Ouvre sans façon Au pauvre garçon, Q.ui rend grâce et chante D'une voix touchante Cette autre chanson :

« Si tu veux, ma chère.

Comme je vais faire Un réveillon fin; Mais pour ce festin, Quitte collerette.

Jupon, chemisette, Souliers de satin.

Puis que je m'attable A ton lit pour table Et de ton corps blanc, De la tête au flanc, Qu'en chaque fossette Longtemps je béquète Comme un moineau franc.

Et que de ta bouche Ma lèvre débouche Le flacon divin D'où coule le vin De la paillardise, Et que je me grise Comme un Ubertin

Avant la dînée.

Sous la cheminée Mets d'un air dévot Ton petit sabot ; Que Noël y vienne Placer pour étrenne Le cœur de Pierrot ! >»

MANUEL, éditeur, rue Joubert, 33,

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