‹ Chansons chimériquesChapitre 47 sur 48 · LE TESTAMENT DE PIERROT · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT DE PIERROT

A Georges Vague.

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Le corps et Tesprit En capilotade, Gravement malade, Pierrot tient le lit; Et, dans sa demeure, Colombine pleure Lamentablement Et prie humblement Dieu d'être clément Pour que son amant Ne meure.

Lors, un rayon blanc De lune blafarde Jette en la mansarde Un éclat troublant ; Et Pierrot, qu'excite L'albe trait, s'irrite

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D'être en l'impouvoir De mieux recevoir Tanit qui, ce soir, Lui fait, par devoir, Visite,

Et pauvre Pierrot Que la mort tourmente, Dicte à son amante Cet ultime mot :

« Je, Pierrot, rétracte.

Par le présent acte, Autre testament.

Ce seul document De mes vœux formant La teneur vraiment Exacte.

A mes créanciers, Je lègue mes dettes Avec les sornettes De pas mal d'huissiers;

Aux gens de justice, Ma très protectrice Farine de choix Qui pourra, je crois, Blanchir maintes fois L'âme de ces rois Du vice

Aux gens de bon tcn Et haute noblesse, A ma mort je laisse En précieux don :

Masque de cro3\ince, Masques d'indulgence Et d'humanité ; Gens de qualité N'ont, en vérité, D'aucune bonté L'essence.

Aux rimeurs errants Je lègue et confie Mon arme : ironie Pour cingler les grands;

Le Testaynent de Pierrot 227

Au frère qui traîne Et misère et peine Par villes et champs, Je donne mes chants Dont les airs touchants Calment des méchants La haine.

Je laisse mon cœur A Colombinette, Tant que la pauvrette N'aura cœur meilleur.

J'approuve et je signe :

« Pierrot. » — Et très digne, Le mourant pâlot, A ce dernier mot, Renvoie au Très-Haut Son âme et son lot De guigne.

Lors des rayons blancs Jetés par Lucine Frôlent Colombine En zigzags tremblants \

Et la gente brune, En son infortune Levant ses doux y^ux, Voit l'âme du gueux Monter vers les cieux Sur des rais neigeux De lune.

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