Chansons choisies de Béranger
§ i. Premières années. — Le 14 juillet 1789, pendant que le peuple de Paris enfonçait les portes de la Bastille, et remportait contre ce symbole d'une oppression séculaire ' le premier triomphe d'une liberté orageuse,' les enfants d'un petit pensionnat du faubourg Saint- Antoine, situé rue des Boulets, no. 9, suivaient, des toits où ils étaient grimpés, toutes les péripéties d'une journée si émouvante. Il y avait là, paraît-il, le petitfils de Favart, fondateur de l'Opéra-Comique, et les fils de Grammont, acteur au Théâtre-Français, dont l'aîné fut guillotiné quatre ans plus tard par le Comité de Salut public, pour atrocités commises dans les départements de l'ouest ; il y avait enfin un enfant de huit ans auquel les événements de cette journée du 14 juillet inspirèrent pour toute la vie un amour de la liberté et un enthousiasme pour l'œuvre de la Révolution qui devaient faire de lui, vingt-cinq ans plus tard, l'ennemi acharné de la monarchie restaurée et un adversaire redoutable de tout esprit de réaction : il s'appelait Jean-Pierre de Béranger, et, par une ironie qui vaut la peine d'être notée, ce pur type du petit bourgeois sorti du peuple ne crut pas pouvoir renoncer à une particule nobiliaire à laquelle il se glorifia toujours de n'avoir aucun droit.
Il était né à Paris, rue Montorgueil, le 19 août 1780,