‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 104 sur 227 · LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LES HIRONDELLES

Captif au rivage du More, Un guerrier, courbé sous ses fers, Disait : Je vous revois encore, Oiseaux ennemis des hivers.

LES HIRONDELLES 8l

Hirondelles, que l'espérance 5

Suit jusqu'en ces brûlants climats, Sans doute vous quittez la France :

De mon pays ne me parlez-vous pas?

Depuis trois ans je vous conjure De m'apporter un souvenir 10

Du vallon où ma vie obscure Se berçait d'un doux avenir.

Au détour d'une eau qui chemine A flots purs, sous de frais lilas, Vous avez vu notre chaumine : 1 5

De ce vallon ne me parlez-vous pas?

L'une de vous peut-être est née Au toit où j'ai reçu le jour ; Là d'une mère infortunée Vous avez dû plaindre l'amour. 20

Mourante, elle croit à toute heure Entendre le bruit de mes pas ; Elle écoute, et puis elle pleure- De son amour ne me parlez-vous pas:

Ma sœur est-elle mariée?

Avez-vous vu de nos garçons La foule, aux noces conviée, La célébrer dans leurs chansons?

Et ces compagnons du jeune âge Qui m'ont suivi dans les combats, 30

Ont-ils revu tous le village?

De tant d'amis ne me parlez-vous pas?

Sur leurs corps, l'étranger, peut-être,

Du vallon reprend le chemin ;

Sous mon chaume il commande en maître, 35

De ma sœur il trouble l'hymen.

Pour moi plus de mère qui prie, Et partout des fers ici-bas.

Hirondelles de ma patrie, De ses malheurs ne me parlez-vous pas? 40

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