‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 105 sur 227 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Près du rouet de sa fille chérie

Le vieux sergent se distrait de ses maux,

Et, d'une main que la balle a meurtrie,

Berce en riant deux petits-fils jumeaux.

Assis tranquille au seuil du toit champêtre, 5

Son seul refuge après tant de combats,

Il dit parfois : ' Ce n'est pas tout de naître ;

Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! '

Mais qu'entend-il ? le tambour qui résonne :

Il voit au loin passer un bataillon. 10

Le sang remonte à son front qui grisonne ;

Le vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas ! soudain, tristement il s'écrie :

' C'est un drapeau que je ne connais pas.

Ah ! si jamais vous vengez la patrie, 15

Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! '

' Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

Aux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus,

Ces paysans, fils de la République,

Sur la frontière à sa voix accourus? 20

Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes,

Tous à la gloire allaient du même pas.

Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !

' De quel éclat brillaient dans la bataille 25

Ces habits bleus par la Victoire usés !

La Liberté mêlait à la mitraille

Des fers rompus et des sceptres brisés

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