‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 130 sur 227 · A M. DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

A M. DE CHATEAUBRIAND

Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie, Fuir son amour, notre encens et nos soins? N'entends-tu pas la France qui s'écrie : Mon beau ciel pleure une étoile de moins?

Où donc est-il? se dit la tendre mère. 5

Battu des vents que Dieu seul fait changer, Pauvre aujourd'hui comme le vieil Homère, Il frappe, hélas ! au seuil de l'étranger.

Proscrit jadis, la naissante Amérique

Nous le rendit après nos longs discords. 10

Riche de gloire, et, Colomb poétique,

D'un nouveau monde étalant les trésors.

Le pèlerin de Grèce et d'Ionie,

Chantant plus tard le Cirque et l'Alhambra,

Nous revit tous dévots à son génie 15

Devant le Dieu que sa voix célébra.

De son pays, qui lui doit tant de lyres,

Lorsque la sienne en pleurant s'exila,

Il s'enquérait aux débris des empires

Si des Français n'avaient point passé là. 20

C'était l'époque où, fécondant l'histoire, La grande épée, effroi des nations, Resplendissante au soleil de la gloire, En fît sur nous rejaillir les rayons.

Page 1