‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 24 sur 227 · XXX11 INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX11 INTRODUCTION

une route stratégique. Il y avait des endroits où attendait la foule en pleurs, par lesquels on ne passa point, afin d'éviter l'encombrement et les émotions qui volontiers s'y forment. Un certain nombre d'affidés des muses, trop éplorés ou trop peu maîtres de leur douleur, avant voulu pénétrer dans les rangs officiels, en furent empêchés par la police affligée mais inflexible. Ils portaient à la boutonnière des bouquets d'immortelles, " fleurs funèbres qui n'ont pour rosée que les larmes 1," et qui ne leur servirent point de passeports. On les mit à l'écart, et quelques-uns même à l'ombre. Enfin tout se passa très bien, et le soir il n'y paraissait plus 2.'

§ 21. Querelle politique et littéraire de 1858-64. — La mort de Béranger fut suivie presque immédiatement de la publication par Perrotin des Chansons posthumes, de la Biographie, et de quatre gros volumes de lettres rassemblées à la hâte par Paul Boiteau ; en même temps ses familiers publiaient à Penvi des souvenirs, des anecdotes, et même des volumes de mémoires. Ces . hommages bruyants, et la publication de la Correspondance, furent le signal d'une petite guerre littéraire, politique et religieuse qui, par l'extension qu'elle prit aussitôt et l'amertume qui y fut déployée, n'a pas été égalée dans les annales de la littérature française depuis la ' Querelle du Cii? Attaqué par Ernest Renan, Eugène Pelletan, de Pontmartin, Louis Veuillot, le Figaro, Béranger fut vaillamment défendu par Jules Janin {Béranger et son Temps), George Sand,

1 Citation de Lamartine.

8 Cité par Arthur Arnould, t. i, p. 178.

VIE DE BERANGER XXxiii

Jules Levallois, Paul Boiteau, et par Arthur Arnould, qui en 1864 fit l'historique de toute cette querelle dans un ouvrage en deux volumes : Bêr anger, ses amis, ses ennemis et ses critiques ; ce travail, avec ses nombreuses citations, est une source inépuisable de renseignements sur Béranger poète et homme politique.

A ce grand tapage succéda un grand silence ; une admiration exagérée fut suivie d'un oubli d'autant plus profond que la guerre de 1870 laissa la France plongée dans d'autres souvenirs que ceux de Valmy et d'Austerlitz, et que l'on cessa de chanter le Roi iïYvetot et les Souvenirs du Peuple dans les campagnes. Pour entendre aujourd'hui les refrains de Béranger il faut assister aux soirées ' classiques ' de certains cafésconcerts de Paris. Sa statue se trouve à Paris dans le Square du Temple.

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