VIE DE BERANGER XXXI
de prendre part aux obsèques, et fit un déploiement immense de troupes sur la route du cortège. Louis Veuillot a donné de cette journée un compte-rendu d'une verve satirique incomparable, et qui vaut la peine d'être cité :
1 Béranger était mort dans la soirée. Le Moniteur du lendemain fit savoir que les funérailles auraient lieu, le jour même, aux frais de l'Empereur. On le bombarde poète-national, ... on le porte en terre par-dessus les règlements \ mesure d'autant plus applaudie d'une partie de la population qu'elle paraît à l'autre un peu précipitée. Il en résulta que la pompe funéraire perdit beaucoup de sa mélancolie devant cet esprit gaulois qui avait rêvé de s'attendrir un instant. Pour tout dire, le tour parut bon, et tel que le défunt en eût pu tirer quelques couplets assez gaillards, si la chose s'était faite de son vivant pour un autre. Après cela, l'administration fit bien les choses. Plus de troupes qu'on n'en met à l'enterrement d'un maréchal de France, eût-il gagné vingt victoires ; la majeure partie de la garnison de Paris, une armée, une grande armée sous les armes, ou pour la haie, ou pour le cortège ! Il n'y manquait que le canon, et encore n'était-il pas loin. Bref, un développement de forces aussi respectable qu'honorable, et par suite, un ordre merveilleux maintenu, comme dit M. de Lamartine, " depuis la porte de la maison jusqu'à celle de l'éternité." Pour assurer d'autant mieux cet ordre nécessaire, le convoi, exclusivement formé des invités du gouvernement, suivit
1 La loi exige un délai de 48 heures entre le décès et l'inhumation.