XXXIV INTRODUCTION
ou même des chansons d'amour et de danse, chansons militaires, chansons de métiers et noëls qui sont le véritable produit populaire de l'ancienne France. Béranger n'a rien connu de tout cela ; toute cette tradition orale, toutes ces collections manuscrites recueillies et dépouillées par les philologues, bibliophiles et historiens de la musique au cours du dix-neuvième siècle, n'ont eu que peu d'influence sur son œuvre. Il nous suffira, pour comprendre la filiation de celle-ci, de remonter au dix-septième siècle, et de prendre connaissance de la satire politique, du vaudeville et de la chanson à boire à partir de cette époque.
La chanson politique. — La chanson politique, qui au moyen âge avait consolé le peuple de ses misères, et avait commencé à servir d'arme de combat pendant les guerres de religion, prit au dix-septième siècle une place importante dans la vie publique. On chansonna Henri IV, Louis XIII, la Ligue, la Fronde, Richelieu lui-même :
Richelieu est dans l'enfer, Favory de Lucifer, Et dans ce lieu, comme en France, On le traite d'Éminence.
Lampons, lampons, Camarades, lampons.
Puis, en rimes plus que légères, on se moqua de Mazarin, du duc de Montbazon, de Louis XIV, avec ses généraux, vainqueurs ou vaincus, ses ministres et ses maîtresses. On pourrait refaire, à l'aide des chansons du temps, toute l'histoire du grand règne, et surtout de ses malheurs : désastres financiers et militaires,