‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 60 sur 227 · MON HABIT · texte numérisé non relu

MON HABIT

Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j'aime!

Ensemble nous devenons vieux.

Depuis dix ans je te brosse moi-même,

Et Socrate n'eût pas fait mieux.

Quand le sort à ta mince étoffe 5

Livrerait de nouveaux combats, Imite-moi, résiste en philosophe :

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

Je me souviens, car j'ai bonne mémoire,

Du premier jour où je te mis. 10

C'était ma fête, et, pour comble de gloire, Tu fus chanté par mes amis.

Ton indigence, qui m'honore, Ne m'a point banni de leurs bras.

Tous ils sont prêts à nous fêter encore : 1 5

Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

A ton revers j'admire une reprise :

C'est encore un doux souvenir.

Feignant un soir de fuir la tendre Lise,

Je sens sa main me retenir. 20

On te déchire, et cet outrage

Auprès d'elle enchaîne mes pas.

Lisette a mis deux jours à tant d'ouvrage : Mon vieil ami, ne nous séparons pas.

T'ai-je imprégné des flots de musc et d'ambre Qu'un fat exhale en se mirant? 26

M'a-t-on jamais vu dans une antichambre T'exposer au mépris d'un grand?

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