‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 91 sur 227 · ÉDITION DE 1S25 PRÉFACE · texte numérisé non relu

ÉDITION DE 1S25 PRÉFACE

Allez, enfants nés sous un autre règne ;

Sous celui-ci quittez le coin du feu.

Adieu ! partez, bien que pour vous je craigne

Certaines gens qui pardonnent trop peu.

On m'a crié : L'occasion est bonne ; 5

Tous les partis rapprochent leurs drapeaux.

Allez, enfants ; mais n'éveillez personne :

Mon médecin m'ordonne le repos.

Pour vos aînés que de pas et d'alarmes !

J'ai vu Thémis m'ôter mon plus doux bien ; 10

Car en prison le sommeil est sans charmes :

Près du malheur on ne dort jamais bien.

J'entends encor le verrou qui résonne,

Et dans ma main fait trembler mes pipeaux.

Allez, enfants ; mais n'éveillez personne : 1 5

Mon médecin m'ordonne le repos.

Si l'on disait : La gaieté vous délaisse,

Vous répondrez (et pour moi j'en rougis) :

' De notre père accusant la faiblesse,

Les plus joyeux sont restés au logis.' 20

Ces égrillards iraient, d'humeur bouffonne,

Pincer au lit le diable et ses suppôts.

Allez, enfants ; mais n'éveillez personne :

Mon médecin m'ordonne le repos.

Vous passerez près d'une ruche pleine, 25

D'abeilles, non, mais de guêpes, je crois. Ne soufriez mot, retenez votre haleine : Tremblez, enfants, vous qui jurez parfois !

Le dard caché qu'à ces guêpes Dieu donne

A fait périr des bergers, des troupeaux. 30

Allez, enfants ; mais n'éveillez personne :

Mon médecin m'ordonne le repos.

Petits Poucets de la littérature,

S'il vient un ogre, évitez bien sa dent ;

Ou, s'il s'endort, dérobez sa chaussure; 35

De s'en servir on peut juger prudent.

Non: qu'ai-je dit? Ah! la peur déraisonne;

Tous les partis rapprochent leurs drapeaux.

Allez, enfants ; mais n'éveillez personne :

Mon médecin m'ordonne le repos. 40

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