ADIEUX A LA CAMPAGNE
Ah ! Dieu n'a point leur cœur pour me maudire : L'Intolérance est fille des faux dieux Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux.
Sur des tombeaux si j'évoque la Gloire, 25
Si j'ai prié pour d'illustres soldats,
Ai- je à prix d'or, aux pieds de la Victoire,
Encouragé le meurtre des États?
Ce n'était point le soleil de l'Empire
Qu'à son lever je chantais dans ces lieux. 30
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Echos des bois, répétez mes adieux.
Que, dans l'espoir d'humilier ma vie,
Bellart s'amuse à mesurer mes fers ;
Même aux regards de la France asservie 35
Un noir cachot peut illustrer mes vers.
A ses barreaux je suspendrai ma lyre ;
La Renommée y jettera les yeux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Echos des bois, répétez mes adieux. 40
Sur ma prison vienne au moins Philomèle ! Jadis un roi causa tous ses malheurs.
Partons : j'entends le geôlier qui m'appelle. Adieu les champs, les eaux, les prés, les fleurs. Mes fers sont prêts : la liberté m'inspire ; 45
Je vais chanter son hymne glorieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Échos des bois, répétez mes adieux.