LE CONVOI DE DAVID
Non, non, vous ne passerei pas, Dit le soldat; c'est ma consigne,
— Du plus grand de tous les soldats Il fut le peintre le plus digne.
A l'aspect de l'aigle si fier,
Plein d'Homère et l'ame exallée, "
David crut peindre Jupiter,
HéiasI il peignait Piométbée.
CHŒUR
Fûl~il privé, etc.
Non, non, vous ne passerez pas.
Dit le soldat devenu triste.
— Le héros, après cent combats, Succombe, et l'on proscrit l'artiste !
Chez l'étranger la mort l'alleinl:
Qu'il dut trouver sa coupe amère ! ' Aux cendres d'un génie éteint, France, tends les bras d'une mère.
CHŒUR
Fût-il privé, etc.
Non, non, vous ne passerez pas, Dit la sentinelle attendrie.
— Eh bien! retournons sur nos pas, Adieu, terre qu'il a chérie!
Les arts ont perdu le flambeau Qui fit pâlir l'éclat de Rome.
Allons mendier un tombeau Ponr les restes de ce grand bomtne.
200 LES BOHBUIENS,
CHŒUR
Fût-il privé de tous les biens, Eût-il à trembler sous un maître, Heureux qui meurt parmi les siens, Aux bords sacrés qui l'ont vu naître!
lies Boltéiiiieiis.
Air : Mon père m'a donné un mari.
Sorciers, bateleurs ou lilous.
Reste immonde D'un ancien monde; Sorciers, bateleurs ou filous, Gais Bohémiens, d'où venez-vous ?
D'OU nous venons? l'on n'en sait rien.
L'hirondelle D'où vous vient-elle?
D'où nous venons, l'on n'en sait rien; Où nous irons, le sait-on bien?
Sans pays, sans prince et sans lois, Notre vie Doit faire envfc ; Sans pays, sans prince et sans lois, L'homme est heureux un jour sur trois.
Tous indépendants nous naissons, Sans église Qai noos baptise i
les; bohémiens. 201
Tous indépendants nous naissons, Au bruil du filre et des chansons.
Nos premiers pas sont dégagés,
Dans ce monde
Où l'erreur abonde,
Nos premiers pas sont dégagés
Du vieux maillot des préjugés.
Au peuple en butte à nos larcins, Tout grimoire En fait accroire; Au peuple en butte à nos larcins, li faut des sorciers et des saints.
Trouvons-nous Plulus en chemin, Notre bande Gaîment demande ; Trouvons-nous Plulus en chemin En chantant nous tendons la main.
Pauvres oiseaux que Dieu bénit!
De la ville Qu'on nous exile; Pauvres oiseaux que Dieu bénit.
Au fond des bois pend notre nid.
A tâtons l'Amour, cbaqae nuit, Nous attelé Tous péle-méle; A tâtons l'Amour, chaque nuit.
Nous attèle au char qu'il conduit.
302 LES BOHÉUtBNS.
Ton œil ne peut se détacher.
Philosophe De mince élolTe; Ton œil ne peut se détacher Du vieux coq de ton vieux clocher.
Voir, c'est avoir; allons courir!
Vie errante Est chose enivrante.
Voir, c'est avoir; allons courir!
Car tout voir, c'est tout conquérir.
Mais à l'homme on cric en tout lieu.
Qu'il s'agite, Ou croupisse au gîie.
Mais à l'homme on crie en tout lieu; „Tu nais, bonjour! tu meurs, adieu!'*
Quand nous mourons, vieux ou bambin.
Homme ou femme, A Dieu soit notre ame!
Quand nous mourons, vieux ou bambin, On vend le corps au carabin.
Nous n'avons donc, exempts d'orgueil, De lois vaines, De lourdes chaînes ; Nous n'avons donc, exempts d'orgueil, Ni berceau, ni toit, ni cercueil.
Mais croyer-en notre gatté.
Noble ou prêtre, Valet ou maître;