LB TOMBEAU DR MANUEL
Moi, je chantais ; lui, vétéran d'ArcoIe, Sourit au luth veng«ur d'nn vieux laurier. Grâce à vos dons, qu'un tombeau me console: Prêtez secours au pauvre chansonnier.
L'ambition n'effleurait point sa vie; Mais, même aux champs, rêvant un beau trépas, 11 écoulait si la France asservie En appelant ne se réveillait pas.
Contre la mort j'aurais eu son courage. Quand sur son bras je pouvais m'appuyer. Ma voix pour lui demande un peu d'ombrage: Prêtez secours au pauvre chansonnier.
Contre un pouvoir qui de nous se sépare Son éloqu'ence a toujours combattu.
. Ce n'était point la foudre qui s'égare; C'était une glaive aux mains de la Verla. De la tribune on l'arrache; il en tombe Entre les bras d'un peuple tout entier. La haine est là: défendons bien sa tombe: Prêtez secours au pauvre chansonnier.
Ta l'oublias, peuple encor trop volage, Sitôt qu'à l'ombre il goûta le repos; Mais, noble esquif mis à sec sur la plage Il dut compter sur le retour des flots. La seule mort troubla la solitude Où mes chansons accouraient l'égayer; Pour effacer quatre ans d'ingratitude, Prêtez secours au pauvre chansonnier.