‹ Chansons choisiesChapitre 138 sur 155 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

'Qu'on est heureux dans cette Asie!

Courons, courons; doublons Je pas, Pour le trouver là bas, là bas, là bas. Là bas, là bas.

Le vois-tu bien, là bas, là bas, Là bas , là bas , en Amérique ?

Sous un arbre il met habit bas Pour présider sa république.

Qu'on est heureux en Amérique I Courons, courons; doublons le pas, Pour le trouver là bas, là bas, Là bas, là bas.

Le vois-tu bien, là bas , là bas, Là bas, là bas, dans ces nuages?

Ah! dit l'homme enfin vieux et las.

C'est trop d'inutiles voyages.

Enfants, courez vers ces nuages.

Courez, courez; doublez le pas, Pour le trouver là bas, là bas, Là bas, là bas.

li'Alcllimiflte.

Air de la bonne vieille.

Tu vas, dis-tu, vieux et pauvre alchimiste, Tirer de l'or des métaux indigents.

Et, faisant plus pour moi que l'âge attriste, Me rajeunir par de secrets agents.

i/aixhimiste. 237

J'ouvre ma bourse à ta science occulte.

Mon cœur crédule au grand œuvre a recours.

Chacun pourtant conservera son culte.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Sur ce brasier souffle donc en silence,

Ou d'un vieux livre interroge les mots.

Ton art est sûr; le Pactole et Jouvence

Dans ce creuset vont marier leurs flots.

L'œil sur ce feu, que lu rêves de choses!

Vois-tu déjà le sourire des Cours?

Moi, pour mon front je n'attends que des roses.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Ivre d'espoir, quel délire t'égare!

,,0 rois, dis-tu, baisez mes pieds poudreux.

„J'aurai plus d'or que Corlès et Pizarre

„N'en ont conquis pour d'autres que pour eux."

Naguère encor , toi qui vivais d'aumônes,

Déjà l'orgueil rugit dans tes discours.

Achète au poids et sceptres et couronnes.

Tout l'or pour loi, mais rends-moi mes beaux jours.

Oui. rends-moi-les avec leur indigence; Rends à mon ame un corps plus vigoureux; A mon esprit Ole l'expérience, Souffle en mon cœur un sang plus généreux. Puis t'échappant de ton palais de marbre, En char pompeux bercé sur le velours, Vois-moi dormir, heureux au pied d'un arbre. Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

238 l'alchimiste.

Je sais pourtant ce que vaut la richesse: Mais j'aime encor; je possède et, cent fois, J'ai craint de voir ma trop jeune maîtresse Compter mes ans et les siens par ses doigts. C'est du soleil qui sied à sa peau brune; C'est de l'été qu'il faut à nos amours. Celle que j'aime est sourde à la fortune. Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Mais au creuset ta-main que Irouve-t-elle? Rien! te voilà plus pauvre et moi plus vieux. „Non, non, dis-tu; demain, lune nouvelle; „Recommençons; demain nous serons dieux." Tu mens, vieillard; mais d'erreurs caressante» J'ai tant besoin, que je le crois toujours. Sur mon front nu, vois ces rides naissantes. Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Jeanne la Rouaseï

ou LA FEMME DU BRACONNIER.

Air : Soir et matin sur la fougère.

Un enfant dort à sa mamelle.

Elle en porte un autre à son dos.

L'aîné, qu'elle traîne après elle, Gèle pieds nus dans ses sabots.

Hélas! des gardes qu'il courrouce.

Au loin, le père est prisonnier.

JEAIfNB LA ROUSSE. 239

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse, On a surpris le braconnier.

Je l'ai vue heureuse cl parée.

Elle cousait, chaniail, lisait,

Du magisler fille aJorée,

Par son bon cœur elle plaisait.

J'ai pressé sa main blanche ei douce.

En dansant sous le marronnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse,

On a surpris le braconnier.

Un fermier riche et de son Age, Qu'elle espérait voir son époux, La quitta, parce qu'au village On riait de ses cheveux roux.

Puis deux, puis trois; chacun repousse Jeanne qui n'a pas un denier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse, On a surpris le braconnier.

Mais un vaurien dit: „Rousse ou blonde, „Moi, pour femme je le choisis.

„En vain les gardes font la ronde:

„J'ai bon repaire et trois fusils.

„Faul-il bénir mon lit de mousse; ,,Du château payons l'aumônier." Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse, On a surpris le braconnier.

Doux besoin d'être épouse et mère Fit céder Jeanne qui, trois fois,

240 JBATÎNB LA ROUSSE.

Depuis, dans une joie amère.

Accoucha seule au fond des bois.

Pauvres enfants ! chacun d'eux pousse Frais comme un boulon printanier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Rousse, On a surpris le braconnier.

Quel miracle un bon coeur opère!

Jeanne, fidèle à ses devoirs.

Sourit encor, car de leur père Ses fils auront les cheveux noirs.

Elle sourit, car sa voix douce Rend l'espoir à son prisonnier.

Dieu, veillez sur Jeanne la Bousse, On a surpris le braconnier.

lia jVostalgie,

ou LA MALADIE DU PAYS.

Air de la République,

Vous m'avez dit: ,,A Paris, jeune pâtre, ,,A'iens, suis-nous, cède à tes nobles penchants; „Notre or, nds soins, l'étude, le théâtre, „T'auront bientôt fait oublier les champs." Je suis venu; mais voyez mon visage.

Fous tant de feux mon printemps s'est fané. Ah! rendez-moi, rendez-moi mon village, Et la montagne où je suis né!

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