‹ Chansons choisiesChapitre 61 sur 155 · LES ÉTOILES QUI FILENT · texte numérisé non relu

LES ÉTOILES QUI FILENT

— Oui, mon enfant; mais dans son voile La nuit la dérobe à nos yeux.

— Berger, sur cet azur tranquille De lire on te croit le secret:

Quelle est cette étoile qui file, Qui nie, file, et disparait?

Mon enfant, un mortel expire; Son étoile tombe à l'instant.

Entre amis que la joie inspire.

Celui-ci buvait en chantant.

Heureux, il s'endort immobile Auprès du vin qu'il célébrait...

— Encore une étoile qui file.

Qui file, file, et disparaît

— Mon enfant, qu'elle est pure et belle! C'est celle d'un objet charmant.

Fille heureuse, amante fidèle, On l'accorde au plus tendre amant.

Des fleurs ceignent son front nubile, Et de l'hymen l'autel est prêt...

— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.

— Mon fils, c'est l'étoile rapide

D'un très-grand seigneur nouveau-né:

Le berceau qu'il a laissé vide, D'or et de pourpre était orné.

Des poisons qu'un flatteur distille C'était à qui le nourrirait...

lOi LES ÉTOILES QUI FILENT.

— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît

— Mon enfant, quel éclair sinistre!

C'était l'astre d'un favori,

Qui se croyait un grand ministre Quand de nos maux il avait ri.

Ceux qui servaient ce dieu fragile Ont déjà caché son portrait...

— Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît.

— Mon fils, quels pleurs seront les nôtres! D'un riche nous perdons l'appui.

L'indigence glane chez d'autres,

Mais elle moissonnait chez lui.

Ce soir même, sûr d'un asile, A son toit le pauvre accourait...

— Encore une étoile qui file.

Qui file, file, et disparait.

— C'est celle d'un puissant monarque !..- Va, mon fils, garde ta candeur;

Et que ton étoile ne marque Par l'éclat ni par la grandeur.

Si tu brillais sans être utile, A ton dernier jour on dirait :

Ce n'est qu'une étoile qui file.

Qui file, file, et disparaît.

LB TEHPS. 105

lie Temps.

Air : Ce magistrat irréprochable.

Près de la beauté que j'adore.

Je me croyais égal aux dieux ; Lorsqu'au bruit de i'airain sonore, Le Temps apparut à nos yeux.

Faible comme une tourterelle Qui voit la serre des vautours.

Ah! par pilié, lai dit ma belle.

Vieillard, épargnez nos amours !

Devant son front chargé de rides, Soudain nos yeux se sont baissés:

Nous voyons à ses pieds rapides La poudre des siècles passés.

A l'aspect d'une fleur nouvelle Qu'il vient de flétrir pour toujours.

Ah ! par pilié, lui dit ma belle, Vieillard, épargnez nos amours!

Je n'épargne rien sur la terre ; Je n'épargne rien même aux cieax, Répond-il d'une voix austère:

Vous ne m'avez connu que vieux.

Ce que le passé vous révèle Remonte à peine à quelques jours.

Ah! par pitié, lui dit ma belle, Vieillard, épargnez nos amours!

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