MON CARNAVAL
J'entends au loin l'archet de la Folie : 0 mes amis, prolongez d'heureux jours I
Oui, je les vois, ces danses amoureuses Où la beauté triomphe à chaque pas.
De vingt danseurs je vois les mains heureuses Saisir, quitter, ressaisir mille appas.
Dans ces plaisirs que votre cœur m'oublie: Un seul mot triste en peut troubler le cours. J'entends au loin l'archet de la Folie: O mes amis, prolongez d'heureux jours 1
Combien de fois, auprès de la plus belle. Dans vos banquets, j'ai présidé chez vous! Là, de mon cœur jaillissait l'étincelle Dont la gaîté vous électrisait tous.
De joyeux chants ma coupe était remplie ; Je la vidais, mais vous versiez toujours. J'entends au loin l'archet de la Folie: 0 mes amis, prolongez d'heureux jours!
Des jours charmants la perte est seule à craindre. Fêtez-les bien, c'est un ordre des cieux. Moi, je vieillis, et parfois laisse éteindre Le peu d'encens dont je nourris mes dieux. Quand la plus tendre était la plus jolie. Des fers alors m'auraient paru bien lourds. J'entends au loin l'archet de la Folie: O mes amis, prolongez d'heureux jours !
Mais accourez, dès qu'une longue ivresse Du calme enfio vous impose )a loi.
l'ombrb d'anacrbon. 127
Dernier rayon, qa'an reste d'allégresse Brille en vos yeux et vienne jusqu'à moi. Dans vos plaisirs ainsi je me replie; Je suis vos pas, je chante vos amours. J'entends au loin l'archet de la Folie: O mes amis, prolongez d'heureux jours!
li'Ombre d'Aanaeréoii.
(Sainte-Pélagie.)
Air de la Sentinelle.
Un jeune Grec sourit à des tombeaux:
Victoire! il dit; l'écho redit: Victoire! O demi-dieux! vous, nos premiers flambeaux. Trompez le Styx, revoyez votre gloire!
Soudain sous un ciel enchanté
Une ombre apparaît et s'écrie:
„Doux enfant de la Liberté,
„Le Plaisir veut une patrie!
„Uae patrie !
„0 peuple grec, c'est moi dont les destins «Furent si doux chez tes aïeux si braves ; «Quand il chantait l'amour dans leurs festins, «Anacréon en chassait les esclaves.
„Jamais la tendre Volupté „N'approcha d'une ame flétrie.
..Doux enfant de la Liberté.
128 l'ombre d'anacréom.
„Le Plaisir veat une patrie!
„line patrie!
„De l'aigle encore l'aile rase les cieux, „Du rossignol les chants sont toujours tendres; „Toi, peuple grec, tes arts, tes lois, tes dieux, ,,Qa'en as-ta fait? qu'as-tu fait de nos cendres?
„Tes fêtes passent sans gaîlé
„Sur une rive encor fleurie.
„Doux enfant de la Liberté,
„Le Plaisir veut une patrie!
„Une patrie !
,,Déjà vainqueur, chante et vole au danger ; „Brise tes fers: tu le peux, si tu l'oses. ,,Sur nos débris, quoi! le vil étranger „Dort enivré du parfum de tes roses !
„Quoi! payer avec la beauté
„Uu tribut à la barbarie !
„Doux enfant de la Liberté,
„Le Plaisir veut une patrie!
„Une patrie !
„C'est trop rougir aux yeux du voyageur, „Qui d'Olympie évoque la mémoire.
„Frappe! et ces bords au gré d'un ciel Yengear ^Reverdiront d'abondance et de gloire.
„Des tyrans le sang détesté
„Réchau£Fe une terre appauvrie.
,,Doux enfant de la Liberté,
„Le Plaisir veut une patrie !
„l!ue patrie!
l'ombre d'anacréon. 129
,,A tes voisins n'emprunte que du fer : „Tout peuple esclave est allié perfide.
„Mars va l'armer des feux de Jupiter:
„Cher à Vénus, son étoile te guide*);
„Bacchus, dieu toujours indompté,
„RempIira ta coupe tarie.
,,Doux enfant de la Liberté,
„Le Plaisir veut une pairie!
„Une patrie!"
Il se rendort le sage de Téos.
La Grèce enfin suspend ses funérailles.
Thèbes, Corinlhe, Athènes, Sparte, Argos, Ivres d'espoir, exhumez vos murailles!
Vos vierges même ont répété
Ces mots d'une voix attendrie :
„Doui enfant de la Liberté,
„Le Plaisir veut une patrie!
,,Une patrie!"
lia Sylpliide.
Air : Je ne sais plus ce que je veux,
La Raison a son ignorance; Son flambeau n'est pas toujours clair.
•Elle niait votre existence.
Sylphes charmants, peuples de l'air.
*) Suivant M. Pouqueville, les Grecs ont encore en vénération l'étoile de Vénus.