‹ Chansons choisiesChapitre 93 sur 155 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Et, d'une main que la balle a meurtrie, Berce en riant deux petits-fils jumeaux. Assis tranquille au seuil du toij. champêtre, Son seul refuge après tant de combats.

Il dit parfois : ,,Ce n'est pas tout de naître; „Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas 1"

Mais qu'entend-il? le tambour qui résonne;

11 voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne.

Le vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas! soudain, tristement il s'écrie:

,, C'est un drapeau que je ne connais pas *).

,,Ah! si jamais vous vengez la patrie,

,,Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!"

„Qui nous rendra, dit cet homme héroïque, ,,Aux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus, „Ces paysans, fils de la république, „Sur la frontière à sa voix accourus!

,, Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes, ,,Tous à la gloire allaient du même pas. „Le Rhin lui seul peut retremper nos armes. „Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

,,De quel éclat brillaient dans la bataille ,,Ces habits bleus par la victoire usés! „La Liberté mêlait à la mitraille ,,Des fers rompus et des sceptres brisés.

*) La France était alors couverte de drapeaux étrangers.

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