‹ Chansons choisiesChapitre 94 sur 155 · LB PRISONNIER · texte numérisé non relu

LB PRISONNIER

„Les nations, reines par nos conquêtes, ,, Ceignaient de fleurs le front de nos soldats. „Heureux celui qui mourut dans ces fêtes! ,,Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

„Tanl de vertu trop tôt fut obscurcie.

,,Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs ;

„Par la cartouche encor toute noircie,

„Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

„La Liberté déserte avec ses armes;

,,D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras;

„A notre gloire on mesure nos larmes.

,,Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !"

Sa fille alors, interrompant sa plainte. Tout en filant, lui chante à demi-voix Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte, Ont en sursaut réveillé tous les rois.

„Peuple, à ton tour que ces chants te réveillent! „I1 en est temps!" dit-il aussi tout bas. Puis il répète à ses fils qui sommeillent: „Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas 1'

lie Prisonnier*

Air de la Balançoire d'Amédée de fieauplan.

Reine des flots, sur ta barque rapide.

Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide; Le ciel sourit, vogue, reine des flots.

LB PRISONNIEH. 159

Moi, captif à la fleur de l'âge,

Dans ce vieux fort inhabité,

J'attends chaque jour ton passage,

€omme j'attends la liberté.

Reine des flots, sur la barque rapide, Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide; Le ciel sourit, vogue reine des flots.

L'eau te réfléchit grande et belle.

Ton sein forme un heureux contour.

A qui ta voile obéit-elJe?

Est-ce au Zéphir? est-ce à l'Amour?

Reine des flots, sur ta barque rapide, Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide; Le ciel sourit, vogue, reine des flots.

De quel espoir mon cœur s'enivre I

Tu veux m'arracher de ce fort.

Libre par toi, je vais te suivre:

Le bonheur est sur l'autre bord.

Reine des flots, sur ta barque rapide.

Vogue en chantant, au bruit des longs échoa* Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide; Le ciel sourit, vogue, reine des flots.

Tu t'arrêtes , et ma souffrance Semble mouiller tes yeux de pleurs.

Hélas! semblable à l'espérance, Tu passes, tu fuis, et je meurs.

160 l'angb exilé.

Reine des flots, sur la barque rapide.

Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide; Le ciel sourit, vogue, reine des flots.

L'illusion m'est donc ravie!

Mais non: vers moi tu tends la main.

Astre de qui dépend ma vie,

Pour moi tu brilleras demain.

Reine des flots, sur ta barque rapide, Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide: Le ciel sourit, vogue, reine des flots.

Ei'Ange Ei^llé.

Air: A soixante ans il ne faut pas remettre.

Je veux, pour vous, prendre un Ion moins frivole:

Corinne, il fut des anges révoltés.

Dieu sur leur front fait tomber sa parole,

Et dans l'abyme ils sont précipités.

Doux, mais fragile, un seul, dans leur ruine,

Contre ses maux garde un puissant secours;

11 reste armé de sa lyre divine.

Ange aux yeux bleus, protégez-moi toujours.

L'enfer mugit d'un effroyable rire, Quand, dégoûté de l'orgueil des méchants. L'ange qui pleure en accordant sa lyre, Fait éclater ses remords et ses chants.

L^NGK EXILÉ. 16(

Dieu d'un regard l'arrache au gouffre immonde, Mais ici-bas veut qu'il charme nos jours. La poésie enivrera le monde.

Ange aux yeux bleus, protégez-moi toujours.

Vers nous il vole en secouant ses ailes. Comme l'oiseau que l'orage a mouillé.

Soudain la terre entend des voix nouvelles, Maint peuple errant s'arrête émerveillé.

Tout culte alors n'étant que l'harmonie, Aux cieuK jamais Dieu ne dit: Soyez sourds. L'autel s'épure aux parfums du génie.

Ange aux yeux bleus, protégez-moi toujours.

En vain l'enfer, des clameurs de l'enrie. Poursuit cet ange échappé de ses rangs; De l'homme inculte il adoucit la vie.

Et sous le dais montre au doigt les tyrans. Tandis qu'à tout sa voix prêtant des charmes, Court jusqu'au pôle éveiller les amours. Dieu compte au ciel ce qu'il sèche de larmes. Ange aux yeux bleus, protégez-moi toujours.

Qui peut me dire où luit son auréole?

De son exil Dieu l'a-i-il rappelé?

Mais vous chantez, mais voire voix console:

Corinne, en vous l'ange s'est dévoilé.

Votre printemps veut des fleurs éternelles.

Votre beauté de célestes atours:

Pour un long vol vous déployez vos ailes;

Ange aux yeux bleus, protégez-moi toujoura,

162 LB TOYAGBUR,

lie Toyageiir<

Air; Plus on est de fous, plus on rit.

Voyageur, dont l'âge intéresse, Quel chagrin flétrit tes beaux Jours?

LB VOYAGEUR

Bon vieillard, plaignez ma Jeunesse, En butte aux orages des cours.

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